
Ingénieur ou manager : faut-il encore choisir ?
Les entreprises veulent des diplômés capables de parler aux développeurs comme au comité de direction. ICN Business School et Efrei Paris viennent de signer un partenariat de cinq ans qui ouvre, dès cette rentrée, des passerelles entre management et numérique : Mode d'emploi.
Le chaînon manquant
Dans beaucoup d'entreprises, la scène se répète : l'équipe technique annonce trois mois de retard, la direction raisonne en budget et ne comprend pas ce qui bloque. Il manque quelqu'un pour traduire.
C'est ce profil que recherchent les recruteurs : un manager qui mesure ce qu'implique un projet data ou cybersécurité, ou un ingénieur capable de tenir un compte de résultat et de défendre une stratégie de croissance.
Le numérique traverse désormais le marketing, la finance, la logistique, jusqu'au luxe. La frontière entre « la tech » et « le business », longtemps entretenue par les grandes écoles françaises, devient un handicap.
Deux écoles, deux cultures
Les deux établissements ne viennent pas du même monde, et c'est tout l'intérêt de l'alliance. ICN Business School, Grande École de management triple accréditée (AACSB, EQUIS, AMBA), coopère déjà avec Mines Nancy ou CentraleSupélec.
Efrei Paris, installée à Villejuif, est une Grande École du numérique reconnue pour ses formations d'ingénieurs et ses masters en technologies.
Pour ICN, l'accord prolonge sa démarche ATMx (Art, Technologie, Management, le « x » marquant la connexion) : bâtir des parcours où les deux cultures se nourrissent, plutôt que d'ajouter quelques cours techniques à un cursus de gestion. Reste à voir comment les étudiants se mélangeront sur les bancs.
Étudiants d'ICN : un semestre chez les ingénieurs
Le dispositif concerne les élèves du Programme Grande École d'ICN dès la deuxième année. Au second semestre, ils peuvent suivre un Semestre d'Immersion Scientifique, le SIMS, sur le campus d'Efrei à Villejuif. Le volume n'a rien d'anecdotique : 315 heures de cours, validées par des crédits ECTS et un certificat d'école.
Cette immersion peut rester une parenthèse, utile pour se familiariser avec les codes et le vocabulaire des métiers techniques. Elle peut aussi servir de tremplin. Selon leur dossier, les étudiants peuvent ensuite poursuivre deux années dans le cycle ingénieur d'Efrei. Au bout de six ans d'études après le bac, ils obtiennent alors deux diplômes : celui du Programme Grande École d'ICN et le titre d'ingénieur Efrei, tous deux conférant le grade de master.
Élèves ingénieurs d'Efrei : une année en école de management
Le chemin inverse existe aussi. Les élèves du cycle ingénieur d'Efrei qui ont validé leur première année de master, l'ING2, peuvent candidater pour rejoindre ICN, à Paris ou à Berlin. Ils y intègrent soit la deuxième année du programme DESSMI, soit l'un des MSc de l'école, en marketing, luxe, finance ou supply chain.
À l'issue de cette année, ils décrochent le DESSMI-MSc d'ICN Business School, puis retournent à Villejuif pour terminer leur cursus d'ingénieur. Pour un étudiant attiré par le conseil, la gestion de produit ou les fonctions commerciales dans la tech, l'option berlinoise ajoute une expérience internationale dans une ville où l'écosystème des start-up est dense.
Ces passerelles s'appuient sur le réseau d'ICN : 145 universités partenaires dans 46 pays, 150 entreprises partenaires et une quinzaine de doubles diplômes, dont plusieurs à l'étranger.
Avant de se lancer, les bonnes questions
Un double profil management-ingénierie ouvre davantage de portes, du conseil à la data en passant par le marketing ou la stratégie. Encore faut-il aborder ces parcours avec lucidité.
Première question : le temps. Le double diplôme côté ICN demande six années après le bac, soit une de plus qu'un cursus classique. Il faut l'intégrer au budget familial, en se renseignant directement auprès des deux écoles sur les frais de scolarité de chaque année.
Deuxième question : la sélection. La poursuite en cycle ingénieur dépend du dossier, l'entrée en MSc passe par une candidature. Un étudiant fâché avec la mathématique doit mesurer ce que représentent 315 heures d'enseignement scientifique en un semestre.
Troisième question, la plus importante : le projet. Un double diplôme ne vaut que s'il sert un objectif, comme un poste de chef de produit, de consultant en transformation numérique ou de responsable de projets data. Pour simplement allonger un CV, l'année supplémentaire coûte cher.
Reste que la logique de fond tient. Les entreprises ont besoin de gens capables de traduire un enjeu business en exigences techniques, et l'inverse. Les étudiants qui l'auront appris tôt, sur les bancs de deux écoles différentes, partiront avec une longueur d'avance
Romain GIBERT











