• Écoles d'ingénieurs
  • ECE
  • Emploi

IA et emploi : ce que les jeunes et leurs parents doivent vraiment savoir avant de choisir une école d’ingénieurs

9 min
IA et emploi : ce que les jeunes et leurs parents doivent vraiment savoir avant de choisir une école d’ingénieurs

« L’apocalypse de l’emploi » promise par certains depuis l’irruption de l’IA générative aura-t-elle lieu ? Pour François Stephan, directeur général de l’ECE et Chief AI Officer d’OMNES Education, la réponse est nette : non, mais la transformation du marché du travail est bien réelle et elle doit guider le choix des études des jeunes et de leurs parents. Pour Nomad Ler Mag il décrypte les opportunités, les risques et les critères concrets pour choisir une école d’ingénieurs à l’ère de l’intelligence artificielle.

« Rassurer ne suffit pas ; il faut dire vrai » aux familles

Face à l’inquiétude légitime des parents et des jeunes sur l’avenir professionnel, François Stephan appelle à la lucidité : « Rassurer ne suffit pas ; il faut dire vrai. » Oui, certaines entreprises ralentissent le recrutement de jeunes diplômés. Oui, le premier emploi demande davantage d’efforts pour certains profils. Mais le besoin d’ingénieurs demeure, il se déplace simplement vers l’industrie, la santé, l’énergie, la défense ou la cybersécurité, secteurs qui peinent à recruter.

« Mon message tient en une phrase : les employeurs ne cherchent pas moins d’ingénieurs, ils cherchent des ingénieurs différents, capables d’amplifier leur travail grâce à l’IA », explique-t-il. Pour les familles, la leçon est claire : un étudiant qui construit ce profil pendant ses études (en maîtrisant à la fois les fondamentaux techniques et les usages de l’IA) aborde le marché en position de force.

Le premier emploi ne disparaît pas, il commence avec plus de compétences

L’une des craintes majeures des parents concerne la disparition des « premiers jobs » qui permettaient aux jeunes d’apprendre le métier. « Le risque est réel et mérite une réponse sérieuse », reconnaît François Stephan. Si les tâches simples disparaissent, l’apprentissage par la répétition disparaît avec elles. La solution ? Anticiper cet apprentissage dans la formation elle-même : projets réels, stages, alternance, cas d’usage proposés par les entreprises.

C’est tout le sens de l’Intelligence Lab de l’ECE, et plus largement de la transformation pédagogique portée par OMNES Education. « Le président mondial de PwC le dit lui-même : les juniors resteront nécessaires, avec des missions plus techniques. Le premier poste ne disparaît pas ; il commence avec plus de compétences, et l’école doit y préparer », insiste-t-il. Pour les parents, c’est un critère essentiel à vérifier lors du choix d’une école.

Comment choisir une école d’ingénieurs à l’ère de l’IA ? 5 questions à poser

Combien d’écoles intègrent vraiment l’IA, et combien se contentent d’un discours marketing ? « Aucune statistique fiable ne permet de le dire, et il ne m’appartient pas de juger les autres écoles », répond François Stephan avec prudence. Mais la différence se voit dans le quotidien des étudiants, pas dans les brochures. Pour les familles, voici cinq questions concrètes à poser lors des portes ouvertes ou des rendez-vous avec les écoles :

• L’IA traverse-t-elle toutes les matières, ou se limite-t-elle à un module isolé ?

• Les étudiants disposent-ils d’outils, de puissance de calcul et d’un lieu dédié pour expérimenter ?

• L’école mène-t-elle une recherche en IA reconnue ?

• Les projets reposent-ils sur des cas réels d’entreprises ?

• Quels métiers occupent les diplômés un an après leur sortie ?

« Une formation sérieuse répond par des faits vérifiables », tranche-t-il. Pour les parents, c’est un guide pratique pour distinguer le marketing de la transformation réelle.

MILO, l’« étudiante IA » qui accompagne 1 000 jeunes à l’ECE

Quant à MILO, l’« étudiante IA » de l’ECE souvent présentée comme un gadget marketing, François Stephan assume : « Le risque existe pour toutes les écoles, et le seul antidote consiste à montrer des preuves plutôt que des slogans. » Après une période d’expérimentation l’année dernière, MILO suit déjà les cours de mathématiques d’environ 1 000 étudiants en première année postbac de l’ECE sur ses 5 campus, en Bachelor et en programme Grande École d’ingénieur.

« Elle commence à aider les étudiants à apprendre et à accompagner les enseignants dans leurs pratiques pédagogiques. MILO offre aussi un terrain d’observation concret des apports et des limites de l’IA en situation d’apprentissage », explique-t-il. Pour les familles, c’est un exemple concret d’usage pédagogique de l’IA

Esprit critique, éthique et responsabilité : les nouvelles compétences clés que les employeurs recherchent

Les entreprises recrutent-elles vraiment sur l’esprit critique et la créativité ? « Oui, et de plus en plus », confirme François Stephan. Le diplôme et la technique restent le ticket d’entrée. Mais quand l’IA produit du code ou une analyse en quelques secondes, la différence se fait ailleurs : poser le bon problème, juger un résultat, travailler en équipe, piloter un projet, convaincre un client. « Un ingénieur sans compétences humaines devient justement le profil le plus exposé à l’automatisation », alerte-t-il.

À l’ECE, comment apprend-on aux étudiants à repérer une erreur, un biais ou une hallucination ? « Par la pratique, d’abord : confronter systématiquement le résultat d’une IA à ses propres calculs, à des sources vérifiables, à des tests. Par la compréhension, ensuite : savoir qu’un modèle de langage produit du vraisemblable et non du vrai change tout. Par un cadre, enfin, celui de la charte IA étudiant, avec un principe simple : l’étudiant répond de ce qu’il rend, quelle que soit la part de l’IA », détaille-t-il.

Pour les parents, c’est un signal rassurant : les écoles sérieuses forment non seulement des techniciens, mais des professionnels responsables, capables de juger et de décider.

« Jamais la machine » : qui est responsable quand l’IA se trompe ?

Qui sera responsable quand un système conçu avec une IA prendra une mauvaise décision ? « Jamais la machine. La responsabilité reste humaine : celle du concepteur, de l’organisation qui déploie le système, de celui qui en supervise l’usage », répond François Stephan. Le règlement européen sur l’IA va dans ce sens, avec des obligations plus strictes pour les systèmes à haut risque, précisément dans la santé, la finance, les transports ou la sécurité. « Nos futurs ingénieurs doivent l’intégrer dès leur formation : utiliser une IA ne dilue aucune responsabilité », conclut-il.

Pour les familles, c’est un message essentiel : l’IA ne dispense pas de rigueur, bien au contraire. Elle exige même plus de vigilance, plus d’éthique, plus de responsabilité.

Conseils aux jeunes et à leurs parents : ne pas fuir la technique, ne pas confondre communication et transformation

À un jeune qui n’aime pas coder mais veut travailler dans l’IA, François Stephan conseille de ne pas fuir la technique : « L’IA ne se limite pas au code. Gouvernance des données et de l’IA, ingénierie produit IA, analyse du risque algorithmique, intégration dans la santé ou l’industrie : beaucoup de fonctions demandent surtout de comprendre, d’organiser, de décider. » Mais comprendre ce que fait un modèle, même sans l’écrire soi-même, reste indispensable pour en juger les résultats.

À un passionné de programmation qui craint que l’IA rende son expertise inutile, il répond que son expertise gagne en valeur, à une condition : la faire évoluer. « Les IA écrivent du code ; elles ne remplacent pas celui qui conçoit et comprend l’architecture d’un système, sa sécurité, ses performances, ses limites. Les meilleurs profils de demain orchestreront les IA, et certains concevront les IA elles-mêmes. Un passionné de programmation a toutes les cartes pour devenir l’un de ces créateurs. »

Pour les parents, le message est clair : accompagnez vos enfants dans ce choix, mais ne choisissez pas à leur place. L’IA ouvre des opportunités pour tous les profils à condition de ne pas fuir la technique et de ne pas confondre communication et transformation.

Quand faudra-t-il reconnaître que l’IA détruit plus d’emplois qu’elle n’en crée ? Les 3 signaux à surveiller

À quel moment faudra-t-il reconnaître que l’IA détruit davantage d’emplois qu’elle n’en crée ? « Dès que les données le montreront, et sans attendre. L’honnêteté intellectuelle impose de suivre les chiffres, pas une conviction », répond François Stephan. Trois signaux méritent une vigilance constante :

• Une hausse durable du chômage des jeunes diplômés

• Un recul des recrutements d’ingénieurs

• Une baisse des créations nettes dans l’écosystème IA

Pour François Stephan « à ce stade, les signaux du marché ne vont pas dans ce sens et c’est un bon signe pour les jeunes qui souhaitent s’engager sur la voie de l’ingénierie » Pour les familles, c’est une grille de lecture objective pour suivre l’évolution du marché : pas de la peur, mais des faits.

Dans dix ans, davantage d’ingénieurs, ou davantage de tâches réalisées par des machines ?

Dans dix ans, davantage d’ingénieurs, ou davantage de tâches réalisées par des machines ? « Les deux. Les machines réaliseront beaucoup plus de tâches techniques, et c’est justement ce qui accroîtra le besoin d’ingénieurs pour les concevoir, les superviser, les sécuriser et les intégrer dans tous les secteurs. Chaque rupture technologique, de la vapeur à Internet, suit ce schéma : moins de certaines tâches, davantage de problèmes nouveaux à résoudre. Mon pari : plus d’ingénieurs, dans des métiers très différents d’aujourd’hui. »

Pour les jeunes et leurs parents, c’est une perspective rassurante : l’IA ne supprime pas l’emploi, elle le transforme. Et cette transformation crée de nouvelles opportunités , à condition de se former aux bons métiers, dans les bonnes écoles.

La principale erreur pour un étudiant ? Croire que l’IA dispense d’apprendre les fondamentaux

Quelle est la principale erreur pour un étudiant qui commence ses études d’ingénieur ? « Croire que l’IA dispense d’apprendre les fondamentaux. Déléguer ses exercices à une IA revient à s’entraîner par procuration : le jour où il faudra juger, corriger ou concevoir, le socle manquera. » L’autre erreur serait de perdre le goût de l’effort, en cherchant à éviter ou à contourner la difficulté. « C’est dans l’effort, et face à l’adversité, que se forgent les compétences de l’ingénieur. L’IA amplifie ces compétences ; elle ne les crée pas. »

Pour les parents, c’est un conseil précieux : encouragez vos enfants à ne pas déléguer leur apprentissage à l’IA. L’IA est un outil, pas un substitut. Et c’est dans l’effort, et face à l’adversité, que se forgent les compétences de l’ingénieur.

En guise de conclusion, François Stephan résume sa vision en une phrase : « L’IA ne détruit pas l’emploi, elle le transforme. » Pour les jeunes et leurs parents, le message est clair : ne pas fuir la technique, ne pas confondre communication et transformation, et surtout, ne jamais perdre le goût de l’effort. L’IA est une opportunité à condition de la saisir avec lucidité, rigueur et responsabilité.

Romain GIBERT

Inscrivez-vous à notre newsletter !
Chaque semaine dans votre boîte mail : fiches, méthodes et conseils... toutes les clés pour réussir et bien plus !
Dans la même catégorie
Bachelor, licence, BUT… Quel bac +3 est fait pour moi ?
8 min
Bachelor, licence, BUT… Quel bac +3 est fait pour moi ?
Génération empêchée » : quand le patron du Medef prend la défense de la jeunesse
5 min
Génération empêchée » : quand le patron du Medef prend la défense de la jeunesse

Et si le problème de la jeunesse française n’était pas un manque de talent, mais un manque d’opportunités ? Alors que le taux d’emploi des 15-24 ans stagne à 35% (deux fois moins qu’aux Pays-Bas), Patrick Martin, président du Medef, publie « Génération empêchée », un essai-programme qui place l’entreprise au cœur de la solution. […]

Hôtellerie-restauration : des métiers qui recrutent et se réinventent, une filière d’avenir pour les étudiants
3 min
Hôtellerie-restauration : des métiers qui recrutent et se réinventent, une filière d’avenir pour les étudiants
Prêt pour l’alternance ?
4 min
Prêt pour l’alternance ?
L’ESCP lance un MIT européen
4 min
L’ESCP lance un MIT européen
NEOMA change de dimension : l’école accélère sur l’international, l’IA et les humanités
4 min
NEOMA change de dimension : l’école accélère sur l’international, l’IA et les humanités
CESI CONNECT 2030, quand la grande école d’ingénieurs trace sont futur.
4 min
CESI CONNECT 2030, quand la grande école d’ingénieurs trace sont futur.

Face aux défis de recrutement dans les métiers scientifiques, CESI École d’ingénieurs renforce son accompagnement vers l’emploi. Dans un contexte de forte tension sur les profils scientifiques et techniques, CESI École d’ingénieurs entend plus que jamais affirmer sa mission : former des ingénieurs opérationnels tout en accompagnant chaque étudiant vers la réussite professionnelle. Porté par […]

Année sabbatique après le bac : bonne ou mauvaise idée ?
5 min
Année sabbatique après le bac : bonne ou mauvaise idée ?
Devenir charpentier après la fac : le témoignage d’Emmanuel, diplômé de CAP
6 min
Devenir charpentier après la fac : le témoignage d’Emmanuel, diplômé de CAP
Orientation : le vrai signal, c’est quand quelque chose s’allume
3 min
Orientation : le vrai signal, c’est quand quelque chose s’allume

“Le bon signal, c’est quand ton regard s’allume.” Cette phrase de Marie Hantson, responsable pédagogique à l’ECV (École de création visuelle), résume à elle seule une autre façon de penser l’orientation. Moins théorique.Plus instinctive.Et souvent bien plus juste. Et si l’orientation commençait par une émotion ? Certains moments passent inaperçus. D’autres captent toute l’attention. Une […]

Orientation : pourquoi changer de voie n’est jamais une erreur pour Dominique Baillargeat
4 min
Orientation : pourquoi changer de voie n’est jamais une erreur pour Dominique Baillargeat
Réussir sa vie – Orientation : faut-il vraiment choisir un métier dès le lycée ?
3 min
Réussir sa vie – Orientation : faut-il vraiment choisir un métier dès le lycée ?
v 3.3.4