Le texte de Cyrano L’Autre Monde ou Les États et empires de la lune est un récit et non pièce de théâtre : il ne comporte donc à l'origine aucune didascalie. Pour rendre sensible ce que le narrateur se contente de raconter, comme son envol grâce aux fioles de rosée ou son ascension par une machine à ressorts, le metteur en scène Benjamin Lazar et sa collaboratrice Louise Moaty ont ajouté des indications sonores précises à l’adaptation théâtrale : « bruitage des fioles », « bruitage de la machine », « bruit de vol ». Ces bruitages transforment en événement scénique concret ce qui, chez Cyrano, n'était qu'un moment narré, et donnent corps au merveilleux sans recourir à une machinerie visuelle complexe.
Cette économie de moyens se retrouve également dans l'éclairage : à l'instar du Bourgeois gentilhomme, le spectacle recourt à la lumière de la bougie, choix esthétique caractéristique du travail de Lazar sur la restitution des conditions de représentation du XVIIe siècle. Ce dépouillement scénographique, où le seul accessoire scénique est un escabeau et seuls la voix, le geste, la musique, le bruitage et la lumière construisent l'espace, s'oppose à la richesse des machineries de cour de l'époque baroque. Lazar recherche ainsi à susciter davantage l'imagination du spectateur, à l'image de celle que le texte de Cyrano met sans cesse en jeu.