Aujourd’hui, le mot « arcane » fonctionne comme un synonyme littéraire de « secret » ou de « mystère ». On parle ainsi des arcanes de la nature, du pouvoir ou encore des arcanes de la création. Dans tous les cas, le terme renvoie à un ensemble de processus ou de procédés qui sont difficiles à percevoir et à comprendre. Dans le domaine de l’alchimie, il désigne une opération dont le procédé n’est partagé qu’entre initiés. Il est intéressant de noter qu’on peut distinguer deux acceptions du terme.

Sous sa première acception, le terme d’arcane renvoie à un ensemble de procédés qu’on cache aux autres. C’est en ce sens qu’on parle des « arcanes du pouvoir » : les hommes politiques auraient des secrets plus ou moins honteux ou des pratiques plus ou moins acceptables qu’ils se garderaient bien de divulguer. Réfléchir aux « arcanes de la création » revient alors à interroger différentes dimensions de l’activité créatrice, connues des artistes, mais dissimulées au public pour préserver un certain prestige. On peut penser à des questions techniques (les ficelles du métier, les recettes, les astuces, les repentirs), à des aspects psychologiques (les motivations, les ambitions, les jalousies, les tourments), à des aspects économiques (la soif de gain ou au contraire l’expérience de la pauvreté) ou relationnels (les admirations, les détestations, les imitations), etc.

Mais le terme d’arcane peut aussi désigner un processus mystérieux qui défie l’intelligence humaine en général. Pensons par exemple à la supposée création ex nihilo de l’univers par Dieu, qui relève réellement du mystère, et non de la cachotterie. En ce sens, réfléchir aux arcanes de la création artistique, c’est interroger la part de mystère immanente au processus créatif, y compris pour le créateur lui-même. De fait, les artistes ne sont pas les derniers à s’étonner des fluctuations de l’inspiration (parfois si vive, parfois tarie), des incertitudes du processus créateur, de l’origine des idées géniales, etc.

Se dessinent ainsi deux approches de la création. La première insistera sur ce que les créateurs tendent à dissimuler à des fins stratégiques. Il s’agit alors généralement de s’opposer à des représentations idéalistes du génie créateur, représentations qui occultent l’importance qu’ont les conditions matérielles et sociales dans le domaine des activités créatrices, ainsi que la ruse, la chance, le hasard, les relations. La seconde au contraire insistera sur la différence irréductible qui subsiste entre une activité productrice ordinaire et le processus créateur. D’un côté donc, une vision plutôt réaliste, voire désenchantée. De l’autre, le maintien d’une certaine magie, d’un certain étonnement devant le mystère de la création.

Platon, Zola, Woolf ont tenté d’approcher ce mystère de l’acte créatif. Ce faisant, que nous ont-ils donné à voir ? Un génie à l’œuvre ou « un homme du commun à l’ouvrage », comme disait le peintre Georges Dubuffet ? Que découvrons-nous au fur et à mesure que se lève le voile qui dissimule le travail créatif ? Un acte qui apparente l’homme au divin ou au contraire un travail incertain, une recherche obstinée ? Tel est l’enjeu de la réflexion sur les « arcanes de la création », un arcane pouvant aussi bien désigner le mystère d’un acte qui reste insaisissable pour l’intelligence humaine que les secrets d’un créateur « humain, trop humain ».

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