Une classification scientifique des tempéraments
Dans son roman Thérèse Raquin, Zola attribue à chacun de ses personnages une constitution physique qui dicte ses comportements de manière inéluctable :
- Thérèse est décrite comme une femme dotée d’un tempérament brûlant et nerveux. Son héritage (ses origines nord-africaines) est souvent évoqué pour justifier cette vitalité sauvage, sans cesse en tension derrière son masque d’épouse effacée.
- Laurent est l’incarnation de la force brute, de l’impulsivité et des appétits physiques. Il cherche la satisfaction immédiate de ses besoins. Son existence est régie par son corps puissant et massif, ce qui semble le rendre incapable de résister à ses pulsions.
- Camille, par contraste, est un personnage chétif, malingre, dominé par sa faiblesse et la maladie. C’est sa nature biologique qui fait de lui une victime naturelle, presque une proie.
Le roman comme « réaction chimique »
Zola explique que si l’on place deux tempéraments opposés, mais complémentaires (le sanguin Laurent et la nerveuse Thérèse) dans un milieu donné (la boutique étouffante du passage du Pont-Neuf), une réaction est inévitable.
- Le passage à l’acte : le crime n’est pas une faute morale, mais une conséquence physique. La rencontre de Laurent et Thérèse provoque une crise où la tension nerveuse de l’une rencontre la force vitale de l’autre. Le meurtre serait comme la libération brutale de cette pression accumulée.
- L’absence de libre arbitre : Zola insiste sur le fait que ses personnages sont « dépourvus de libre arbitre ». Ils sont des machines humaines, au même titre que nombre de ses personnages, entraînés par la fatalité de leur chair. Ils ne choisissent pas de tuer, ils y sont poussés par leur constitution physiologique.
Zola traite ses personnages comme un chirurgien disséquerait un cadavre, avec une neutralité froide : il observe comment le sang et les nerfs agissent sur le destin humain.