Dans Pot-Bouille, la mise à nu de l’hypocrisie bourgeoise est le moteur même de la narration. Zola ne se contente pas de critiquer cette classe sociale, il la dissèque pour révéler que sa prétendue vertu est une construction artificielle, une nécessité de façade pour masquer un vide moral profond.
Le mariage : une marchandisation des sentiments
Le cœur de l’hypocrisie réside dans la famille Josserand. Pour cette famille, le mariage n’a rien de romantique : c’est une opération financière. Berthe et Hortense, leurs filles, jouent du piano, font semblant d’être pieuses, afin de trouver le meilleur parti. Les parents ne débattent que de dots et de perspectives d’héritage avec un cynisme absolu. Le mariage est assimilé à un contrat commercial.
Sphères publique et privée
Le propre de la bourgeoisie, selon Zola, est qu’elle maintient une scission stricte entre la sphère publique et la sphère privée : dans les salons et les dîners, les personnages se doivent d’être irréprochables. Ils utilisent un langage châtié, défendent les valeurs chrétiennes, la famille et l’ordre établi. C’est la façade. Mais derrière les portes closes, la réalité est toute autre. Les adultères sont la norme, les mesquineries sont quotidiennes et la cupidité l’emporte sur toute forme de loyauté. Zola s’amuse à montrer comment les mêmes personnages qui s’indignent de la conduite des autres lors d’une soirée mondaine sont, le lendemain, en train de commettre les mêmes fautes.
Pour Zola, la bourgeoisie dans Pot-Bouille est une classe qui prétend à la civilisation, à la droiture et à l’honneur, mais qui n’est en réalité mue que par trois forces : l’argent, l’hypocrisie et le sexe.