Au XIXe siècle, la littérature devient un véritable laboratoire d’analyse sociale. Cette volonté de dévoiler les rouages de la société n’est pas une mode, mais une réponse profonde aux mutations radicales et brutales qui redéfinissent la France. Quatre raisons profondes y président :
Mettre en lumière les inégalités nées de la révolution industrielle
Il s’agit de dénoncer la misère afin de sortir les classes laborieuses de l’invisibilité. Des écrivains comme Hugo dans Les Misérables ou Zola avec Germinal montrent que la prospérité apparente de la nation repose sur une exploitation brutale. Il est également impératif que les romanciers participent à la lutte des classes en décrivant les rapports de force, les hiérarchies rigides et les blocages qui empêchent la mobilité sociale.
L’ambition scientifique
Influencés par le développement des sciences, les auteurs adoptent une posture de chercheurs. Balzac, avec La Comédie humaine, se donne pour mission de dresser un inventaire complet de la société française, capable de classer les individus et les professions comme un botaniste le ferait des espèces. Quant à Zola, avec son cycle des Rougon-Macquart, il entend démontrer que l’individu est le produit de son milieu et de son hérédité. Pour prouver cette thèse, il doit disséquer les rouages du milieu social avec une précision quasi clinique.
Le roman comme outil de réforme politique
En exposant le fonctionnement caché des rouages sociaux, les écrivains s’engagent moralement, espèrent susciter une prise de conscience chez le lecteur. L’idée est finalement simple : si le public identifie clairement l’injustice, il ne pourra plus l'ignorer et sera poussé à réclamer des réformes.
Une réponse au désenchantement
Après les promesses de la Révolution française, la réalité du siècle est souvent vécue comme une désillusion. Le roman devient ainsi le récit de l’apprentissage de la société par de jeunes provinciaux (comme Rastignac ou Julien Sorel), qui découvrent avec effroi que le mérite ne suffit pas et que la société est un mécanisme froid où, pour réussir, il faut adopter une approche purement machiavélique : renier ses valeurs, feindre et considérer les autres comme des obstacles à éliminer.