Si l’art et la fiction sont par définition un mensonge assumé, comment celui-ci peut-il pourtant nous rapprocher du vrai ?

Les leçons de la fiction

En art, donc, le faux est un outil de découverte : il est un détour qui permet d’accéder à une vérité que le réel brut ne livre pas directement. La fiction a pour cela des moyens particuliers. Le point de vue adopté permet l’identification avec un ou plusieurs personnages. Le lecteur ou le spectateur acquiert ainsi une connaissance émotionnelle de situations qu’il ne vit pas lui-même réellement : la guerre, l’exil, la pauvreté, la maladie et tant d’autres. La littérature et l’art permettent ainsi de dépasser la connaissance factuelle et intellectuelle du monde pour accéder à une compréhension sensible des événements et des situations. De plus, grâce à la généralisation, ils créent des types auxquels chacun de nous peut se confronter, et elle nous présente, au détour d’un récit, d’un personnage inventé, une réflexion plus vaste sur une vérité de portée universelle sur le comportement humain ou sur certains défauts, par exemple.

La fiction pour avancer masqué

La fiction permet aussi de critiquer plus aisément, en offrant un détour nécessaire pour échapper à la censure, qu’elle soit celle d’un État ou celle qui existe en chacun de nous. Il est en effet plus facile de prendre connaissance des exactions des puissants ou des erreurs que nous pouvons commettre, consciemment ou non, si nous les attribuons à autrui, sous couvert d’une fiction qui peut même aller jusqu’à inventer un monde imaginaire tout entier. Un récit fictif peut ainsi nous révéler notre monde tel qu’il est et que nous ne voulons pas voir : passer par une fiction pour critiquer la réalité permet de faire accepter une vérité qu’un discours direct ferait rejeter. Ainsi la fiction, parce qu’elle est un détour, peut dire des choses que l’on ne pourrait pas dire directement par respect des conventions morales, sociales ou de l’autorité en place.

EN RÉSUMÉ