La copie d’un objet, d’un lieu, d’une personnalité ou même d’un événement occupe une place ambiguë dans notre rapport au vrai et au faux. La reproduction d’un original est parfois assumée, mais elle peut aussi devenir un instrument d’illusion, voire de tromperie. Des faux tableaux aux répliques de monuments, en passant par les statues de cire ou les reconstitutions historiques, la copie interroge notre besoin de croire au vrai même lorsque nous savons qu’il s’agit d’un faux.
Donner accès au vrai par le faux
Certaines copies sont présentées comme telles aux yeux de tous. Les statues de cire imitent le vrai sans faire vraiment oublier qu’elles ne le sont pas. Les films en costumes ou certains spectacles nous aident aussi à nous imaginer ce que fut la vie d’une époque lointaine, d’en faire une expérience sûre ; nous en sommes spectateurs et avons l’impression d’avoir acquis une connaissance historique. Les reproductions de statues ou de tableaux sont parfois déclarées fausses, mais permettent à tous d’en avoir une connaissance alors que les vraies peuvent être inaccessibles. Cette démarche pourtant peut déjà poser problème : pour le philosophe Walter Benjamin, le fait de reproduire une œuvre d’art permet certes l’accès à l’œuvre, mais lui enlève ce qu’elle a d’unique, son « aura ».
Tromper par la copie du vrai
Mais les copies peuvent aussi chercher à tromper : quand un faux est produit, il s’agit le plus souvent de donner l’impression du vrai et de tromper celui qui se trouve confronté à lui. Il s’agit alors de pratiques délictueuses, sanctionnées par la loi, qui peuvent prendre différentes formes : le plagiat lorsqu’il s’agit de faire passer pour sien une œuvre créée par un autre, la contrefaçon quand il s’agit d’imiter un produit pour le commercialiser en les faisant passer pour ce qu’ils ne sont pas (faux parfums, faux sacs de marques, faux médicaments, etc.). Il s’agit ici de créer des faux pour qu’ils soient crédibles et en tirer un profit, souvent financier, mais parfois symbolique comme la reconnaissance ou le prestige. La question du faux devient ici juridique et morale. Elle pose aussi la question de notre capacité à faire la part du vrai et du faux dans un monde où l’image a de plus en plus d’importance et où elle est reproductible à l’infini.