En art, la vraisemblance n'est pas la vérité, mais une convention de crédibilité que chaque époque et chaque mouvement redéfinissent. Elle permet à la fiction de faire croire sans jamais prétendre être vrai. Or, ce que nous sommes prêts à croire dépend en fait des connaissances partagées et des conceptions communes à une société donnée : le vraisemblable est une notion culturelle plus que vérifiable et objective. C'est une notion qui permet de comprendre comment les œuvres construisent leur propre logique de crédibilité, indépendamment de la vérité extérieure à l’œuvre.

Un héritage de l’Antiquité

Depuis l’Antiquité et Aristote, l'art est pensé comme mimésis, c’est-à-dire une imitation du réel. Mais imiter le réel n’est pas toujours être absolument exact : il s’agit plutôt de cohérence, de possibilité que de vérité brute. C’est ce qui autorise une œuvre d’art – peinture ou fiction – à évoquer des personnages qui n’ont pas existé, des faits qui n’ont pas eu lieu.

Une règle majeure du classicisme

Au XVIIe siècle, le théâtre classique français, celui de Corneille, Racine et Molière, impose la vraisemblance, comme règle esthétique majeure, aux côtés de la bienséance, qui désigne quant à elle ce qu’il est moralement acceptable de montrer au public. Ces deux critères autorisent ce que l’on peut représenter, ce qui pourrait raisonnablement se produire, selon la logique des caractères et des situations.

Une notion historiquement variable

Toutefois ce qui paraît vraisemblable à une époque peut ne plus être pris pour tel par la suite : l’histoire des représentations montre qu’elles sont dépendantes d’une époque et de l’état des connaissances qui la caractérisent, et que la vraisemblance n'est pas une propriété fixe des œuvres, mais le produit d'un accord tacite entre l'œuvre et son public. L’invention de la perspective à la Renaissance a ainsi rendu peu vraisemblables les représentations précédentes. Ce constat du caractère relatif de la vraisemblance a conduit à sa totale remise en cause au XXe siècle. Plusieurs mouvements artistiques ont en effet cherché à rompre avec ce qui est vu comme une simple convention. Avec le surréalisme, le théâtre de l’absurde ou le Nouveau Roman, l'invraisemblance n’est plus un défaut mais devient un outil artistique à part entière, révélateur de mécanismes cachés du psychisme ou du langage auquel le réalisme ne peut accéder.

EN RÉSUMÉ