Le merveilleux scientifique et l’anticipation : en route pour le vrai

Dans le domaine littéraire et cinématographique, un genre a un statut bien particulier dans sa relation au faux et au vrai : l’anticipation. Le récit d’anticipation, en effet, imagine un futur qui, au moment de l’écriture, relève de la pure fiction. C’est un « faux ». Il puise bien sûr ses racines dans le monde contemporain à son auteur, mais il s’en extrait et se projette dans un avenir imaginaire. Pourtant, l’histoire littéraire regorge d’exemples où le réel a fini par rejoindre ces fictions. Cela peut s’expliquer : l’anticipation est d’abord liée à la science-fiction, un genre qui s’appuie sur la science et fait des hypothèses en développant les aboutissements possibles, les développements futurs des avancées scientifiques ou techniques. Les écrivains, les illustrateurs et les réalisateurs ont ainsi pu imaginer des objets, des technologies et des progrès sociaux qui ont été réalisés depuis.

De l’utopie à la dystopie, la fiction qui modèle le réel

Ces utopies progressistes qui ont vu le jour au XIXe siècle se sont peu à peu obscurcies : les événements majeurs de la première moitié du XXe siècle (guerres, totalitarismes) ont assombri le tableau de l’avenir. L’anticipation est devenue bien souvent un miroir du réel. La projection dans l’avenir de certains textes n’est que secondaire et devient un masque pour évoquer un réel difficile à dévoiler directement. Nous retrouvons donc ici la simple capacité de la fiction à montrer le vrai en fabriquant un univers factice. Pourtant, ces dystopies qui ont dénoncé un réel oppressant ont été, pour certaines, si marquantes que notre monde en a été modelé. Certaines fictions ont contribué à façonner l’avenir qu’elles décrivaient. La vidéosurveillance, la reconnaissance faciale ont été dénoncées dans ces fictions, mais on a pu y trouver aussi un mode d’emploi qu’il n’y avait plus qu’à appliquer. L’art agit ainsi comme un laboratoire d’idées. Le « faux » littéraire devient alors « vrai » non par magie, mais parce que la fiction, en nourrissant les esprits qui construisent demain, participe activement à l’écriture du réel.

EN RÉSUMÉ