L'homme est un être raisonnable. Et comme tel, il ne peut vivre et évoluer dans le monde sans chercher à le comprendre et à expliquer les divers mécanismes qui constituent la réalité du monde. Mais, comment l'esprit humain connaît-il les choses ?
La connaissance intuitive
Le mot « intuition » vient du latin « intuitio » qui signifie « coup d'œil, regard, vue ». L'intuition, en tant que « coup d'œil » furtif de l'esprit sur les choses, est un mode de connaissance directe et immédiate. Elle s'effectue sans la médiation des concepts. Elle est une expérience singulière à travers laquelle l'esprit humain connaît (naît avec) les choses et fait un avec elles sans nullement faire usage des mots du langage. La pensée intuitive est ineffable, inexprimable.
Une connaissance scientifique peut partir d'une intuition. En effet, la plupart des grandes découvertes scientifiques ne résultent pas seulement d'une approche discursive faite de raisonnements ou de démonstrations complexes, mais dès le départ d'un coup de génie, d'une intuition et inspiration subites. L'intuition d'une découverte est celle par laquelle le savant, par une illumination soudaine, a le sentiment profond d'avoir trouvé quelque chose d'inédit.
Exemple
La découverte du fameux principe d'Archimède selon lequel « Tout corps plongé dans un fluide subit, une poussée verticale dirigée de bas en haut, égale au poids du fluide déplacé ». On raconte à ce sujet que le savant grec Archimède (287-212 avant J-C) a découvert ce principe par une intuition vive survenue au cours de son bain. C'est en étant tout nu qu'il s'est précipité dans la rue en criant : « Euréka ! Euréka ! » (= j'ai trouvé !).
En science, l'intuition donne donc au savant le pressentiment d'avoir immédiatement, par une vue d'ensemble de l'esprit, la compréhension globale des rapports entre les choses. Toutefois, il est vrai que cette faculté de perception immédiate quelle que soit son importance dans le domaine scientifique, n'en est pas moins qu'une anticipation encore imprécise et confuse de la connaissance claire. Aussi requiert-elle le recours aux procédés de la pensée discursive pour préciser et valider ses découvertes.
La connaissance discursive
C'est lorsque la pensée saisit son objet de façon médiate ou indirecte, en utilisant différents intermédiaires en passant par des étapes successives. Le terme « discursif » traduit en latin la « course » qu'effectue l'esprit, les tours et détours qu'il fait, le cheminement qu'il suit pour parvenir à la saisie médiate de son objet. Il qualifie tout ce qui se rapporte au discours rationnel, au raisonnement, à la démarche procédurale et successive de la démonstration. La pensée discursive (ou le raisonnement) suppose la médiation nécessaire des concepts et donc des mots du langage. Elle est par conséquent communicable. La pensée discursive est considérée comme une approche médiate du réel en ce sens que le concept dont elle se sert n'est rien d'autre qu'un substitut mental du réel de quelque nature qu'il soit, c'est l'organon (c'est-à-dire l'outil ou l'instrument) par lequel la pensée saisit les choses.
La science est une connaissance essentiellement discursive, puisqu'elle utilise des concepts et procède par raisonnement et démonstration.
La connaissance sensible
Elle est acquise par l'intermédiaire de nos sens. Elle est superficielle car comme le dit Descartes « nos sens nous trompent parfois ». La connaissance sensible est qualifiée de « connaissance première » par Bachelard.
De toute évidence, la connaissance scientifique va au-delà de l'apparence immédiate (des sens). Comment la science s'élabore-t-elle en tant que connaissance ? Quel rapport entretient-elle avec la connaissance empirique ?
La connaissance empirique
Le mot « empirique » provient du grec « empeiria » qui signifie « expérience ». L'empirisme est le nom donné à la doctrine selon laquelle l'expérience est la seule source de la connaissance. Connaître par l'expérience revient soit à saisir la réalité environnante par le biais des sens, soit à tirer des enseignements enrichissants à travers les diverses pratiques de la vie. Pour la doctrine empiriste, les données acquises par les sens sont de loin les plus fiables. Percevoir ce n'est pas concevoir ; ce n'est ni imaginer ni vouloir. Je ne perçois pas la chose parce que je veux qu'elle soit. Elle est bien là, en dépit de mon vouloir. En revanche, la conception et l'imagination constituent, d'une certaine manière, l'expression même de ma volonté libre : je peux concevoir ou imaginer ce que je veux. Mais ce que je perçois en face de moi existe indépendamment de ma volonté. L'empirisme est donc, en quelque sorte, un acharnement à révéler les choses comme elles nous sont données par les sens. Aussi se définit-il, en général, comme le rejet de tout rationalisme et le refus de toute conception selon laquelle l'esprit humain porterait de façon innée les germes de la connaissance du monde et de toute chose.
Quelles sont alors les caractéristiques de la connaissance scientifique ?
La connaissance scientifique
La méthodologie qui sied, pour élaborer une connaissance, à proprement parler, scientifique est l'attitude critique qui consiste à penser « contre la nature » et à se méfier de l'apparence première par laquelle elle s'offre à nos sens. En somme, on peut retenir que la connaissance scientifique n'est pas la reconduction brute des données empiriques observables. Elle s'élabore même le plus souvent en s'opposant à celles-ci.
Dans son Vocabulaire Technique et critique de la philosophie, André Lalande définit la science comme un « ensemble de connaissances et de recherches ayant un degré suffisant d'unité, de généralité, et susceptibles d'amener les hommes qui s'y consacrent à des conclusions concordantes, qui ne résultent ni de conventions arbitraires, ni des goûts ou des intérêts individuels qui leur sont communs, mais de relations objectives qu'on découvre graduellement, et que l'on confirme par des méthodes de vérification définies. ». À travers cette définition, nous pouvons dire que la connaissance scientifique est rationnelle (se base sur la raison). Elle est universelle, c'est-à-dire qu'elle parvient au moins à des « conclusions concordantes ». La science est en mesure de parvenir à des propositions apodictiques qui fondent « l'accord unanime des esprits compétents ». En science, l'accord ne peut se faire entre les savants que parce qu'il y a une exigence d'objectivité, de neutralité. En effet, on parle d'objectivité lorsque le scientifique se départit de sa subjectivité, de ses sentiments, de ses préjugés, de ses intérêts personnels et de ses passions. Il met entre parenthèses sa personnalité en vue de rester neutre (impartial).