« Liberté : c'est un de ces détestables mots qui ont plus de valeur que de sens : qui chantent plus qu'ils ne parlent : qui demandent plus qu'ils ne répondent ; de ces mots qui ont faits tous les métiers » nous dit Paul Valéry (1871-1945). Cette citation montre le caractère polysémique et complexe du mot liberté. Elle montre aussi que la liberté est une aspiration naturelle, c'est-à-dire que tout le monde veut être libre. Leibniz (1646-1716) fait également ressortir le caractère polysémique et ambiguë du mot liberté en montrant qu'il faut parler plutôt des libertés : la liberté de droit et la liberté de fait.
On conçoit généralement la liberté comme l'absence de contrainte. Pour le sens commun, être libre, c'est faire ce qu'on veut sans obstacle, c'est-à-dire hors des contraintes de la vie matérielle et sociale. D'ailleurs, les Grecs avaient la même conception de la liberté dans l'Antiquité. En effet, ils concevaient l'homme libre comme celui qui n'obéit qu'à lui-même par opposition à l'esclave qui agit sur ordre du maître. Cette conception de la liberté comme absence de contrainte est plus revendiquée par la société et surtout les jeunes qui pensent qu'ils perdent leurs libertés dès qu'ils se soumettent. Être libre, pour eux, signifie être au-dessus de toutes soumissions, contraintes et lois. Pris dans ce sens, il y aurait autant de libertés que de contraintes. Une telle conception de la liberté n'est pas possible dans la vie sociale et d'ailleurs elle n'est même pas souhaitable.
Le libre arbitre
C'est la possibilité ou la volonté de choisir sans contrainte. Le mot vient du latin « liberum arbitrium » qui signifie « le pouvoir de choisir, d'agir à sa guise ». Le libre arbitre, c'est donc cette liberté de choix entre plusieurs actions possibles. René Descartes (1596-1650) le définit comme la volonté ou le pouvoir d'agir sans contrainte. Pour lui, agir volontairement c'est la même chose qu'agir librement. « La volonté et la liberté ne sont qu'une même chose, ou plutôt qu'il n'y a point de différence entre ce qui est volontaire et ce qui est libre », dit-il, estimant que l'homme est maître de lui-même et que le libre arbitre le rend responsable de ses actes.
La responsabilité
Se basant sur le libre arbitre, Jean-Paul Sartre (1905-1980) considère l'homme comme un être totalement libre et responsable. Dans l'Être et le néant, Sartre affirme : « L'homme est condamné à être libre. Condamné parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par ailleurs libre parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait ». Cela veut dire quoi qu'il fasse et quelle que soit la situation, l'homme agit toujours librement. Autrement dit, même s'il y a contrainte, cela n'est pas une excuse car l'homme a une liberté absolue. La liberté au sens sartrien est une liberté réfléchie car pour être responsable il faut nécessairement la présence de la conscience ce qui implique l'existence d'un projet.
S'opposant à la conception stoïcienne de la liberté, Sartre affirme que l'homme n'est pas un jouet du destin et ne doit pas rester passif sous prétexte que le destin est déjà tracé. Au contraire, Sartre pense que le destin est une page vierge et que ce sont les actions des hommes qui la remplissent. Si nous sommes les artisans de notre propre destin, cela signifie que le destin n'est pas quelque chose qui nous vient du ciel, mais de nous-mêmes. Pour Sartre « L'essentiel n'est pas ce qu'on a fait de l'homme, mais ce qu'il fait de ce qu'on a fait de lui ». C'est dans ce sens qu'il faut comprendre ce propos de François Mauriac : « Nous tissons notre destin, nous le tirons de nous comme l'araignée de sa toile ».