À la question de savoir : Comment l'artiste réalise-t-il ses œuvres d'art ? les réponses sont opposées. Pour certains l'art est une imitation et pour d'autres une création.
L'art comme imitation
Imiter, c'est chercher à ressembler au modèle, copier, mimer. Considérer l'activité artistique comme une imitation de la réalité, c'est soutenir que son seul souci est de chercher à ressembler le plus possible à la réalité imitée. L'art reproduit la nature puisque nous avons des beautés naturelles comme la mer, la forêt, les fleurs… qui mériteraient d'être bien contemplées sur nos murs. C'est dans cette mouvance que s'inscrit Albrecht Dürer qui dit : « Plus ton œuvre sera conforme à la nature, meilleure elle sera ». La copie qu'on tire de la nature fixe les beautés naturelles dans les maisons à travers, notamment, des tableaux d'art. Il est désormais possible de contempler les œuvres de la nature sur nos murs.
Cependant, avec Platon l'art comme imitation (ou mimèsis) n'a pas beaucoup de mérite. En effet, l'artiste copie des apparences ou images (du monde sensible) qui sont déjà des copies des Idées du monde intelligible (seuls êtres réels). Ainsi, Platon qualifie l'art d'apparence de l'apparence (il est au troisième degré d'éloignement). Pour cette raison, les artistes doivent être considérés comme des « imitateurs [qui] ne créent que des fantasmagories, et non des êtres réels ». La représentation artistique est donc fausse, trompeuse. Mais, pour Aristote, imiter est une bonne chose car tout le processus d'apprentissage passe par l'imitation.
Mais copier ou imiter, est-ce réellement faire de l'art ? En d'autres termes, l'art est-il simple imitation de la nature ? L'artiste est-il capable d'imiter textuellement la nature ?
L'art comme création
Selon Hegel, l'art n'est pas une imitation de la nature. Il considère que « l'imitation de la nature est une occupation oiseuse et superflue ». L'artiste ne pouvant rivaliser avec la nature, il ressemblerait dans ce cas à « un ver faisant des efforts pour égaler un éléphant ». Le but de l'art n'est donc pas une copie fidèle de la réalité comme à l'époque classique. Pour Hegel, une œuvre d'art doit être une création. Dans le domaine artistique, créer c'est faire naître une nouvelle réalité à partir de quelque chose. Pour ce faire, il faut s'inspirer et imaginer pour bien produire au lieu de reproduire ce qui, en réalité, est connu de tous. La création d'une œuvre d'art nécessite l'expression de la sensibilité individuelle de l'artiste : donc une liberté de créer.
La valeur de l'art consiste donc dans son aptitude à créer. Et c'est dans ce sens que le beau qui se révèle dans l'œuvre d'art est supérieure au beau que l'on perçoit dans la nature. C'est pourquoi André Malraux dit que « les grands artistes ne sont pas les transcripteurs du monde, ils en sont les rivaux ». L'artiste crée, à côté du monde réel, un autre monde. Il transfigure le réel en le recréant d'une façon plus parfaite. C'est cette magie de l'art que Kant met en exergue lorsqu'il considère que « l'art n'est pas la représentation d'une belle chose, mais la belle représentation d'une chose ». Autrement dit, une chose peut paraître laide, horrible ou tragique dans la nature, mais dès qu'elle est représentée sur un tableau, elle devient belle. Prenons l'exemple de Guernica, ce célèbre tableau de Pablo Picasso où est représenté le massacre de la guerre d'Espagne. Dans la réalité, ces images inspirent le dégoût ; mais sur le tableau, elles inspirent le beau et plaisent à la contemplation. Donc si une œuvre est belle elle le doit plus au génie de l'artiste qu'au modèle (l'objet représenté).