I. Compréhension et compétences d'interprétation

1. a) Ce texte appartient au genre poétique. En effet, la mise en page est en vers : chaque ligne constitue un vers, et les vers sont regroupés en strophes de quatre vers (quatrains). De plus, le texte contient des rimes : « oie » / « bois », « terre » / « débonnaire », « rondelles » / « universelle » et enfin il y a des figures de style comme la personnification de la « pomme de terre » à qui s'adresse le poète « Je te salue pomme de terre ».

b) Deux éléments semblent caractéristiques du pantoum. Le premier élément est la répétition des vers comme les vers 2 et 4 de la première strophe qui deviennent les vers 1 et 3 de la strophe suivante. Ainsi le vers 2 (« Je te salue pomme de terre ») devient le vers 5, et le vers 4 (« Ma nourriture débonnaire ») devient le vers 7. Le second élément est que ses strophes sont composées en quatrains avec des rimes croisées.

2) Le « je » s'adresse directement à la pomme de terre par un procédé de personnification en utilisant le pronom personnel « tu » : « Je te farcis » et l'apostrophe : « Je te salue pomme de terre » (vers 2 et 5) et avec un registre familier « patate universelle ». Il s'adresse donc à lui avec familiarité et humour.

3) La patate est qualifiée d'« universelle » dans la mesure où elle est présente dans le « monde entier » (vers 20) en Europe ou en Amérique : « Que tu sois d'Amiens ou de Boise (vers 12 et 15) ». Amiens est une ville en France et Boise aux États-Unis. Ensuite parce qu'elle plaît à toutes les générations, aussi bien aux enfants qu'aux gastronomes, donc à tous les types de mangeurs : « Joie du bébé, joie du gourmet (vers 16 et 19) ».

4) Deux procédés révèlent l'importance de la pomme de terre : la personnification qui fait de l'aliment un être vivant : « Je te salue pomme de terre », « ma nourriture débonnaire » et l'énumération « En fines frites ou en rondelles ; En petits cubes et en rondelles » qui montre sa richesse et sa variété : elle peut apparaître sous toutes les formes.

La répétition ou anaphore des vers produit un effet d'insistance sur la particularité de cet aliment : « Tu te saisis du jus de viande ».

5) Ce texte peut amuser à la lecture car il s'agit d'un poème qui fait l'éloge de la pomme de terre qui n'est qu'un féculent. Le poème associe, en effet, des mots familiers aux mots soutenus : « Ma nourriture débonnaire » et « patate universelle » ou des expressions solennelles « Occidentale citadelle » pour la désigner. Il y a donc un décalage entre le sujet une simple pomme de terre, un aliment assez banal, et la façon dont elle est évoquée. C'est ce décalage qui est humoristique.

Ce poème peut aussi amuser à la lecture car il évoque la transformation de la pomme de terre qui est vouée à finir dans nos assiettes. L'éloge est excessif dans la mesure où il raconte les différentes façons de le cuisiner comme un combat épique :  la pomme de terre personnifiée est décrite comme un aliment qui affronte le « je » qui parvient à le vaincre : « Je te farcis et je t'écrase », « Tu frémis dans la graisse d'oie » et « tu te saisis du jus de viande ».

6) La photographie de Pierre Bouchet réalisée vers 1945 pourrait illustrer le poème de Paul Fournel. En effet, le sujet de la photographie est le même que celui du poème : la photographie intitulée Nature morte (Pommes de terre) rappelle dans son titre qu'elle représente en gros plan la pomme de terre à qui est dédié l'ensemble du poème qui s'intitule « Pantoum patate ».

Ensuite Pierre Bouchet propose de faire par une photographie en noir et blanc de cet aliment du quotidien le sujet d'une œuvre d'art, tout comme Paul Fournel lui rend hommage en en faisant un poème qui permet de le sublimer et de l'immortaliser : « Patate universelle », « je te salue pomme de terre ».

Enfin, la photographie présente une grande quantité de pommes de terre sous différentes formes ; il s'agit d'un aliment banal que l'on trouve en abondance et d'une grande simplicité, comme le suggère le poème en indiquant que cet aliment est consommé partout : « Le monde entier en redemande ».

Ainsi la photographie permet d'illustrer le poème sur plusieurs points par son sujet, par sa mise en valeur dans une œuvre d'art et par sa banalité.

II. Grammaire et compétences linguistiques

7 a) « te » et « t' » sont des pronoms personnels.

b) Les pronoms personnels sont remplaçables : ils servent à remplacer les groupes nominaux. On peut en effet remplacer « te » par un groupe nominal : « Je farcis la pomme de terre » et « J'écrase la pomme de terre ».

8 a) Dans « En petits cubes », l'expansion du nom « cubes » est le mot « petits ». Il appartient à la classe grammaticale des adjectifs qualificatifs.

b) On peut remplacer « petits » par « que l'on coupe » qui est une proposition subordonnée relative introduite par « que » : « en cubes que l'on coupe ». (Autre proposition : on peut remplacer « petits » par « de petites tailles » qui est un groupe nominal prépositionnel : « En cubes de petites tailles »).

9 a) Le verbe « frémir » dans « L'eau du thé frémit » a le sens de « commencer à bouillir », « entrer en ébullition », tandis que dans « Dans la maison hantée, il frémit d'épouvante », « frémir » signifie « trembler de peur ».

b) Dans le vers « Tu frémis dans la graisse d'oie », le verbe « frémir » joue sur le sens propre et sens figuré : il y a un jeu de mots (c'est une syllepse). En effet « frémir » présente à la fois le sens propre pour évoquer la cuisson de la pomme de terre qui est cuisinée dans une sauce et le sens figuré pour exprimer ses sentiments : elle tremble dans la casserole. La pomme de terre est donc personnifiée.

10)
Vous frémissez dans la graisse d'oie,
Je vous salue pommes de terre
Vous mollissez dans le feu de bois, […]
Patates universelles ! […]
Que vous soyez d'Amiens ou de Boise.

Sujet de réflexion

Selon vous, la poésie, la littérature et l'art ont-ils pour mission d'embellir le réel ?

Vous présenterez votre réflexion dans un développement argumenté et organisé. Vous illustrerez votre propos à l'aide d'exemples issus de vos lectures et de votre culture artistique personnelle (cinéma, peinture, bande dessinée...).

Vous traiterez le sujet en une trentaine de lignes au moins.

Le sujet porte sur le programme du cycle 4 sur la fonction de l'art, de la poésie et de la littérature. Il s'appuie sur la culture générale et artistique des élèves, en particulier sur les œuvres d'art (peinture, littérature, cinéma, photographie, sculpture, bande dessinée, musique) qu'ils connaissent ou ont pu étudier en classe au collège dans différents objets d'étude : dénoncer les travers de la société par exemple.

On attend que les élèves montrent le rapport qu'entretiennent toutes les formes de l'art avec le réel. La question ouverte laisse suggérer que l'art en général a pour mission de rendre les objets du quotidien beaux, mais qu'il peut aussi avoir d'autres missions : celle de dénoncer le réel ou de montrer sa complexité dans ses différentes représentations.

Quelques pistes :

1. L'art embellit le réel :

Ex : en poésie, le poème « Pantoum patate » de Fournel ; les poèmes étudiés en classe sur la nature, tels Hugo (« une nuit qu'on entendait la mer sans la voir »), ou Baudelaire (« L'homme et la mer ») sur la mer, etc.

En peinture ou dans la photographie, la représentation des natures mortes : la photographie de Pierre Bouchet, les tableaux de Chardin au XVIIIe siècle qui représentent des ustensiles de cuisine, des fruits, des aliments sur une table de cuisine par exemple.

2. L'art sert à aussi à dénoncer le réel et non à l'embellir :

Ex : Dans la littérature, le roman de V. Hugo, les Misérables sur la cruauté et les injustices sociales ; Au Bonheur des Dames de Zola sur la disparition des petits commerces au profit des Grands Magasins ;

Au théâtre, au XVIIe siècle, les comédies de Molière dénoncent par le rire les travers de la société : la médecine dans Le Malade imaginaire.

En peinture, Guernica de Picasso sur la violence de la guerre.

En musique, Sunday Bloody Sunday, qui condamne les conflits en Irlande du Nord qui provoquent des victimes innocentes lors d'une marche pacifique par les soldats britanniques en Irlande du Nord en 1972.

Sujet d'imagination

À votre tour, vous choisissez un aliment auquel vous vous adressez pour révéler ses qualités.

Vous rédigerez ce texte dans une langue poétique, attentive aux images, aux effets de rythme et de sonorité.

Vous traiterez le sujet en 35 lignes au moins.

Afin de respecter l'anonymat de votre copie, vous ne devez pas signer votre composition, citer un nom, celui d'un camarade ou celui de votre établissement.

On attend que les élèves utilisent l'apostrophe pour personnifier l'aliment choisi et en faire l'éloge. Ils doivent employer des procédés poétiques traditionnelles : personnification, métaphores, comparaisons, jeux de mots, des allitérations/assonances pour créer des effets et fasse un portrait de l'aliment choisi pour en faire un éloge.

La présentation sous forme de poème en vers n'est pas obligatoire, mais peut être valorisée avec création de strophes et de rimes.

Dans le cas du choix d'un texte en prose poétique, il faudra penser à aérer son texte avec des paragraphes.