I. Compréhension et compétences d’interprétation
1. a) Pour la première étape, lignes 1 à 15, le titre le plus adapté est « La promenade des animaux évadés ». En effet, le Lion et la Hyène s’échappent de leur cage (« réussirent à ouvrir la porte de leur cage ») et se promènent tranquillement dans le Jardin des Plantes : ils « se promenèrent avec lenteur dans le Jardin, s’arrêtant de temps à autre, pour se lécher et jouir en braves gens des douceurs de la matinée » (l. 5-8). L’atmosphère est paisible et détendue.
Pour la deuxième étape, lignes 16 à 27, le titre le plus adapté est « Des hommes en cage qui effraient les animaux ». À partir de la ligne 16, le bruit de Paris terrifie la Hyène : « Paris, qui s’éveillait, se mit à rugir d’une telle force que la Hyène s’arrêta court, écoutant avec inquiétude ». Les cris des hommes sont assimilés à des « hurlements de fureur » et à des « râles d’agonie ». La ville devient ainsi une cage où des bêtes sauvages s’agitent.
2. a) Le caprice du Lion est de se rendre en ville pour observer les hommes : « je vous propose un bout de promenade dans la cage des hommes » parce que les hommes l’observent lorsqu’il est enfermé dans sa cage au zoo : « les hommes viennent, comme des imbéciles, me regarder dans ma cage » (l. 12) et parce qu’il souhaite faire l’inverse : « je me suis toujours promis de saisir la première occasion qui se présenterait, pour aller les regarder dans la leur » (l. 13-14). Ainsi il veut inverser la situation par désir de revanche et rétablir une égalité avec l’homme, « quitte à paraître aussi bête qu’eux » (l. 14).
b) La Hyène ressent de la peur dès qu’elle entend les bruits de la ville : « La Hyène s’arrêta court, écoutant avec inquiétude » et « la Hyène avait décidément peur ». Elle hésite à suivre le Lion car elle redoute un danger : « Croyez-vous qu’il soit prudent de se hasarder là-dedans ? »
3. a) En nommant la ville « la cage des hommes », le Lion fait un parallèle entre le zoo et la ville : le monde des hommes est à l’image de celui des animaux. Les hommes sont eux aussi des animaux en cage qui sont prisonniers de leur espace qu’est la ville.
b) Le bruit de Paris est comparé à des « hurlements de fureur » et à des « râles d’agonie » comme les cris d’animaux enfermés et souffrants dans une cage. Ensuite, la Hyène évoque la cage où « ils s’égorgent pour sûr » et le Lion pense qu’ils sont maltraités dans leur cage comme les animaux du cirque : « quelque dompteur les tourmente peut-être ».
4. Des lignes 16 à 27, le narrateur retranscrit le bruit de la ville à travers l’emploi du champ lexical de la violence : « hurlements de fureur », « râles d’agonie », « s’égorgent », « en colère ». Ensuite, l’énumération et l’accumulation : « faite du bruit des voitures, des cris de la rue, de nos sanglots et de nos rires » (l. 17-19) donnent l’impression de brouhaha. Enfin, la longue phrase (ligne 17 à 19) contient une allitération en [r] qui rend compte de la cacophonie de la ville : « bruit des voitures, des cris de la rue », « des hurlements de fureur et à des râles d’agonie ».
5. Le fait d’adopter le point de vue des animaux permet à l’auteur de dénoncer de façon indirecte les travers de la société des hommes par un effet de distanciation. Aussi peut-il critiquer les hommes en les traitant d’« imbéciles » et d’êtres « bêtes » par la voix du Lion en reprenant les mêmes procédés que La Fontaine dans ses Fables. Il s’agit d’un apologue.
Il ridiculise aussi les hommes en dénonçant l’absurdité de leur existence : « cela nous fera rire ». Zola montre au lecteur à travers un œil étranger, donc plus objectif, que les hommes vivent prisonniers de la ville. Par une sorte d’ironie tragique, les hommes observent les animaux en cage alors qu’ils sont eux-mêmes prisonniers de la société qui les fait souffrir : « hurlements », « agonie », « tourmente », « pleurent », « en colère ».
6. Le texte de Zola et le photogramme du film La Planète des Singes présentent plusieurs points communs et des différences. En premier lieu, les deux œuvres ont en commun l’inversion des rôles entre les hommes et les animaux. Dans le texte, le Lion propose d’observer les hommes dans leur cage : « je me suis toujours promis de saisir la première occasion qui se présenterait pour aller les regarder dans la leur ». Sur l'image, des hommes se trouvent enfermés derrière des barreaux tandis que des singes se tiennent librement à l’extérieur et les dominent.
Ensuite, les deux œuvres mènent une réflexion commune sur la condition humaine. Le texte de Zola suggère que la ville est une cage pour l’homme : « je vous propose un bout de promenade dans la cage des hommes ». Sur le photogramme, les hommes sont emprisonnés et soumis à l’autorité des singes. Ils sont donc prisonniers dans les deux cas de leur condition.
Enfin, les deux œuvres présentent une situation différente puisque dans le texte de Zola, ce sont les hommes qui constituent leurs propres ennemis : « ils s’égorgent » et leur cage est la ville, tandis que dans le photogramme, les hommes sont les prisonniers des singes.
En outre, le texte de Zola sert à dénoncer en jouant sur l’humour et l’ironie : le Lion est décontracté et moqueur (« Venez donc. Ils doivent se mordre d’une belle façon, et cela nous fera rire »), alors que dans le photogramme du film, il s’agit d’une scène de domination sans humour : des singes vêtus et organisés comme des hommes ont emprisonné des hommes nus et à l’apparence sauvage. Le registre est plus inquiétant que dans le texte de Zola qui fait un parallèle entre les deux mondes.
II. Grammaire et compétences linguistiques
7. a) « Un matin » est un groupe nominal (déterminant « un » + nom commun « matin »). Sa fonction est complément circonstanciel de temps.
b) Le complément circonstanciel est supprimable : « Un Lion et une Hyène du Jardin des Plantes réussirent à ouvrir la porte de leur cage. » et déplaçable : « Un matin, un Lion et une Hyène du Jardin des Plantes réussirent à ouvrir la porte de leur cage. » sans changer le sens de la phrase.
8. a) « Pourraient » est au conditionnel présent.
b) Dans la phrase, le conditionnel exprime le futur dans le passé.
9. a) « Lenteur » est un nom commun formé à partir du radical « lent » et du suffixe « -eur », qui sert à former des noms abstraits.
b) « Lentement » (adverbe) et « ralentir » (verbe) sont deux mots de la même famille que « lenteur ».
10. « À ce moment, Paris, qui s’éveille, se met à rugir d’une telle force que la Hyène s’arrête court, écoutant avec inquiétude. Les clameurs de la ville montent, sourdes et menaçantes, et ces clameurs, faites du bruit des voitures, des cris de la rue, de nos sanglots et de nos rires, ressemblent à des hurlements de fureur et à des râles d’agonie. »
III. Rédaction
Sujet d’imagination
Imaginez que deux animaux s’échappent d’un zoo en 2026. Vous raconterez leur promenade dans un lieu qui les étonne. Vous insérerez du dialogue.
On attend un récit structuré en paragraphes avec une progression dans le récit et raconté à la troisième personne.
Le lieu choisi doit provoquer un effet de surprise et d’étonnement (grande surface, aéroport, stade, rue commerçante...).
Le dialogue doit être correctement ponctué (tiret, guillemets, incises) et refléter le point de vue des animaux.
Sujet de réflexion
Pensez-vous que la littérature et les arts puissent rendre les hommes plus humains ?
Vous répondrez à cette question par un développement argumenté en vous appuyant sur les œuvres étudiées en classe, vos lectures personnelles, vos pratiques artistiques et les œuvres cinématographiques et artistiques que vous connaissez.
Le sujet porte sur la fonction humanisante de la littérature et des arts.
Les élèves doivent montrer que la littérature et les arts peuvent susciter l’empathie et la conscience morale en dénonçant des injustices.
Quelques pistes :
1. La littérature et les arts développent l’empathie en invitant à se mettre à la place de l’autre et en suscitant la pitié. Ex des récits autobiographiques (Le Journal d’Ann Frank, Un secret de Grimbert, etc.) ou de tragédies (Antigone d’Anouilh ; Roméo et Juliette de Shakespeare). En adoptant des points de vue variés, elles permettent de remettre en question ses propres certitudes. Exemple : Les Misérables de Victor Hugo décrit les souffrances des classes populaires et suscite la compassion du lecteur envers les oubliés de la société ou encore Inconnu à cette adresse de K. Taylor qui évoque la fin d’une amitié entre deux hommes suite à la montée du nazisme.
2. Les arts permettent de dénoncer les injustices et d’éveiller les consciences. Exemple : Guernica de Picasso dénonce la barbarie de la guerre ; les comédies de Molière comme Le Malade imaginaire critiquent les travers de la société par le rire ; l’apologue avec Les Fables de La Fontaine qui dénonce les mœurs et le pouvoir ; le film La Planète des Singes pousse le spectateur à réfléchir sur la domination et la condition humaine, tout comme le texte de Zola. Ex des œuvres de Science-Fiction (1984 d’Orwell, E.T. de Spielberg…), sur la condition animale ou l’écologie (Sauvez Willy, Wall-E…).
3. Mais la littérature et les arts ne rendent pas toujours les hommes meilleurs ; ils peuvent aussi être instruments de propagande ou de manipulation. Ex : L’Affiche rouge, Mein Kampf …