Devenir charpentier après la fac : le témoignage d’Emmanuel, diplômé de CAP

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Certains rêvent de produire avec leurs mains, sans oser franchir le pas. Témoignage d’un diplômé de CAP, encore ébloui par son métier de charpentier et le travail du bois.

De fac de physique à charpentier, itinéraire d’un passionné

Au début, Emmanuel s’inscrit en fac de physique, option mécanique des fluides. « Mon rêve était de devenir ingénieur pour les bateaux de course. Je n’étais pas spécialement bon à l’école, mais c’est ma passion », raconte ce mordu de voile. Son plan, une fois la licence obtenue, était d’enchaîner avec un cursus spécialisé en architecture navale. Sauf que. « Si je ne suis pas assez encadré dans mon travail, ça ne fonctionne pas. Et puis je n’avais qu’une hâte : en finir avec la théorie et produire des choses de mes mains », se souvient Emmanuel. Il prend d’abord son mal en patience, passe en deuxième année, s’investit à fond dans la vie associative de Sorbonne université… « C’était très sympa, mais étudier à la fac n’était simplement pas pour moi. Après des partiels manqués, je suis parti. ».

L’appel du bois

Alors qu’il se demande vers quelle filière se tourner, le jeune homme reçoit un message, non pas divin mais presque : l’incendie de Notre-Dame. « En découvrant cette charpente extraordinaire, j’ai commencé à m’intéresser au travail du bois », se remémore-t-il. Plus tard, il découvrira qu’il n’est pas le seul à avoir eu ce déclic devant ces mêmes images.

Après quelques aventures, notamment en tant que bénévole dans un club de voile, il se tourne vers un CAP Charpentier près de chez lui, à Paris. Mais à l’heure de trouver une entreprise pour l’accueillir en alternance, ses CV restent lettre morte. « Ça patinait… J’ai alors décidé de partir quelques temps dans le Sud-ouest, région que je connais bien ». A force de discuter avec les gens du village, il rencontre le patron d’une entreprise de charpente basée dans le Lot. « Il n’avait aucun apprenti, m’a écouté, m’a regardé… Puis il m’a dit ‘go’ ».

Le jeune homme découvre qu’il existe un CAP Charpentier postbac, que l’on effectue en une seule année (contre deux ans pour un CAP classique), dispensé à La Rochelle. Au menu : un cursus délesté de plusieurs matières (déjà évaluées au moment du bac), pour se concentrer sur les disciplines techniques : découvertes des différentes essences de bois, dessin technique, résistance des matériaux, maquettes à réaliser… Le tout sur un rythme d’alternance : deux semaines en cours, pour un mois environ en entreprise.

Le CAP est dispensé par les Compagnons du devoir, réseau sans doute le plus connu dans les métiers de l’artisanat, dont la culture et les méthodes se transmettent de génération en génération. Le jeune homme en garde des souvenirs impérissables, d’entraide, de travail en équipe, mais aussi d’exigence. « Nous avions un groupe WhatsApp où nous échangions tous types de contenus et de vidéos. Il m’arrive encore d’y aller quand j’ai un doute sur un chantier. » Dans sa classe, de jeunes bacheliers mais aussi quelques trentenaires, déçus de leurs débuts de carrière en tant que juriste ou professeur. Deux d’entre eux ont justement bifurqué suite aux misères de Notre-Dame.

Un nouveau challenge à chaque fois

Son métier de charpentier, Emmanuel l’adore. Profondément. « Vu de l’extérieur, on croit que c’est toujours la même chose. C’est exactement le contraire. Je n’ai jamais vu un chantier qui ressemble à un autre. Et si vous changez de région et allez en Picardie ou en Bourgogne, c’est comme si vous découvriez un autre métier. » Chaque bâtisse est synonyme de contraintes à concilier, de méthodes habituelles qui ne fonctionnent pas avec elle, et donc de solutions sur-mesure à inventer.

Certes, le charpentier s’occupe de la charpente. Mais comme tout se mélange dans une maison, il doit aussi maîtriser quelques métiers annexes – maçonnerie, couverture, etc. – comme savoir lire un plan d’architecte. Ce dernier (architecte) a d’ailleurs tendance à inspirer notre artisan. « Je suis resté en contact avec ma professeure d’architecture et me dis que si, un jour, mon corps fatigue, pourquoi ne pas devenir assistant dans un cabinet ? Je garde cela dans un coin de ma tête. »

Car oui, le métier de charpentier est assez physique. « Ce n’est pas insurmontable non plus, nous sommes bien aidés par les machines ! », tempère Emmanuel. Quant à la stimulation intellectuelle de sa profession, elle est omniprésente, selon lui. Car il s’agit de comprendre la construction (et ses imperfections !), visualiser le futur projet dans l’espace, anticiper les forces qui vont agir sur le bois au fil des ans, imaginer la personne qui va habiter ou travailler dans ce bâtiment, appréhender son style de vie et ses besoins… Loin de l’image bête et méchante que certains peuvent en avoir.

« Quand j’entends cette petite musique qui voudrait que les métiers manuels soient réservés aux idiots, je trouve ça juste sidérant. Dans notre métier, c’est simple : ça n’existe pas. »

Puis vient ce moment précis, qui sonne comme une récompense. Quand le chantier est terminé, nettoyé, le camion chargé, prêt à partir, et qu’il observe le bâtiment une dernière fois avec ses collègues. « C’est un instant de plénitude, presque d’euphorie. Mais immédiatement après, on se dit qu’on aurait plutôt dû faire ceci ou cela, que, la prochaine fois, on s’y prendra de telle manière. On démarre le camion et les nouvelles idées fusent… » Cela tombe bien, car plein de maisons du Lot les attendent.


FAQ Charpentier

Comment devenir charpentier ?

Il existe plusieurs voies : le CAP Charpentier en 2 ans, le CAP Charpentier postbac en 1 an pour les bacheliers, ou encore un Brevet Professionnel. La plupart se préparent en alternance, en école et en entreprise.

Quel diplôme pour devenir charpentier ?

Le diplôme d’entrée est le CAP Charpentier. Les bacheliers peuvent opter pour la version postbac, obtenue en un an auprès de formations comme les Compagnons du devoir.

Quel est le salaire d’un charpentier ?

En début de carrière, un charpentier gagne entre 1 600 et 1 900 € nets par mois. Le salaire évolue avec l’expérience et peut dépasser 2 500 € pour un chef de chantier.

Le métier de charpentier est-il physique ?

Oui, mais les machines facilitent considérablement le travail. La partie intellectuelle — lecture de plans, calcul des forces, adaptation à chaque chantier — est tout aussi importante.

Peut-on devenir charpentier en reconversion ?

Oui, c’est une voie très accessible. Le CAP postbac permet aux bacheliers de se former en un an seulement, et de nombreux charpentiers ont bifurqué après d’autres débuts de carrière.

Quelles sont les débouchés du métier de charpentier ?

Au-delà du chantier, un charpentier expérimenté peut évoluer vers la conduite de travaux, la maîtrise d’œuvre ou même travailler en lien avec des cabinets d’architecture.

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