Le mal est-il une substance ?
Tenus par le langage commun, nous opposons bien et mal comme deux entités contraires, sans plus y songer. Il y aurait « le » bien et « le » mal, figures autonomes et ayant corps par elles-mêmes. Trop anxieux de lutter contre le mal ou de s'en prémunir, nous oublierions d'interroger la notion de mal, présupposant qu'elle est le pendant du bien, sorte d'inverse qui lui correspondrait en tout point. Parce que le mal appelle avant tout une attitude comme réponse, et non pas un discours, nous céderions avec facilité à la tentation du langage le plus simple, sans voir plus loin, et ferions du mal une substance. Ne dit-on pas d'ailleurs « le » mal, et de bonne foi ? Ainsi le mal aurait la positivité d'une existence indéniable. Mais n'est-ce pas une erreur que de substantialiser le mal ?