Qu'est-ce qu'une « vertu » morale ?
Par vertu, n'entendons pas une disposition innée, comme le serait un instinct, mais une disposition éprouvée. Cette notion est à la fois – c'est là sa richesse – normative et énergétique ; normative car la vertu est une « disposition stable, nous permettant de choisir selon un milieu qui nous est relatif, défini par la droite raison, tel qu'un homme prudent le définirait » (Aristote, Éthique à Nicomaque, II, 6) ; énergétique en ce sens que la vertu ne consiste qu'en la « résolution et vigueur avec laquelle on se porte à faire les choses qu'on croit être bonnes » (Descartes, Lettre à Christine, 20 novembre 1647). La vertu, au sens premier, apparaît donc comme la notion transitoire entre catégories d'action et catégories épistémiques, relevant à la fois des premières et des secondes.