Dieu peut-il être objet légitime du discours ?
Dans la tradition mystique, le silence est signifiant : Jean de la Croix passe sous silence, dans ses poèmes, le moment supposé de l'union de son âme à Dieu. Si, avec Jean de la Croix, on fait de « Dieu » l’indicible par excellence, alors le moment où l'esprit touche sa limite ne peut que consister en un effondrement du langage sur lui-même. On peut douter, néanmoins, de la pertinence de ce mouvement de désir mystique : la stratégie énumérative de pratique mystique et de la théologie négative, tant moquée par Hegel dans la Phénoménologie de l’Esprit, consiste à énumérer tout ce que Dieu n'est pas, faute de pouvoir dire ce qu’il est. C’est un projet sans fin et peut-être sans raison : il nous interdit à jamais de scruter la limite, et moins encore son supposé au-delà.