Le langage et la pensée humaine
Dans Les Idées et les Âges, Alain écrit que « la langue est un instrument à penser ». Comme si, dans la distance entre soi et soi-même, un agent intermédiaire et instrumental – la langue – venait s'insérer. Il est vrai qu'on envisage mal une pensée fine sans l'utilisation d'une langue. On peut imaginer ou éprouver sans langage, peut-être, mais penser au plein sens du terme – calculer, évaluer, anticiper ou se souvenir – demande en effet la maîtrise d'une langue.
Ainsi, sommes-nous face à un dilemme : soit la langue n'est pas indispensable à la pensée, et la pensée semble réduite à ses déterminations les plus grossières ; soit la langue est indispensable à la pensée, mais cela signifierait que la langue est un intermédiaire entre soi et soi-même, ce qui est peu intuitif, et pose le problème de son origine.