L'homme est-il limité par son langage ?
Faut-il croire Mallarmé quand il déplore l'impuissance du langage, cet « aboli bibelot d'inanité sonore » (Poésies, 1899) ? Le langage humain, trop limité, ne parviendrait pas à tout dire. Il y aurait de l'indicible : une part de l'être résisterait à toute appréhension discursive. Mais, pour déplorer la limitation du langage, encore faut-il s'en servir. Même pour dénoncer le langage, ne suis-je pas obligé de le mobiliser ? Je ne peux critiquer le langage et déplorer ses limites qu'au sein du langage lui-même. D'autant qu'une limitation n'est pas nécessairement une impuissance : limiter, c'est aussi en retour légitimer. Un pouvoir n'est légitime que parce qu'il est limité. De même, peut-être, le langage ne serait-il légitime que parce que les frontières de son empire seraient bien tracées. Limitation n'est donc pas impuissance.