René Clair
Biographie de René Clair
Adulé puis critiqué, René Clair a su mener une carrière originale qui a marqué l’histoire du cinéma français.
Un maître (original) du cinéma français
Marqué par la guerre, René Clair devient journaliste puis acteur par hasard, avant de réaliser ses premiers films d'avant-garde dans les années 1920.
Maître du muet finissant, il sait faire de ses œuvres de purs spectacles visuels et s'impose au sommet du 7ème art grâce à sa rigueur, son élégance et son ironie.
Exilé à Hollywood dans les années 40, il réussit à adapter son style et sa maîtrise narrative au système des grands studios et produit des comédies fantastiques à succès.
De retour en France, René Clair signe des succès mélancoliques, notamment avec Gérard Philipe, son jeune acteur fétiche, mais la future Nouvelle Vague commence à critiquer son « académisme ».
À la fin de sa carrière, René Clair s’essaie aussi à l'écriture et au théâtre tout en signant ses derniers films avant sa mort en 1981.
Héritage & postérité
Élu en 1960, René Clair est le premier cinéaste à entrer à l'Académie française pour son art, consacrant ainsi le statut du 7ème art. En 1994, l'Académie crée le Prix René Clair, qui récompense chaque année un cinéaste d'exception pour l'ensemble de son œuvre.
Il a aussi en partie initié le courant du « réalisme poétique », qui met en lumière les classes populaires.
Cette célébrité lui a pourtant valu des problèmes, parfois. En 1936, sa société de production accuse Charlie Chaplin de plagiat dans Les Temps modernes et l’attaque en justice, malgré le fait que René Clair s’y refuse, honoré d'avoir inspiré son idole.
Après-guerre, la jeune génération de cinéastes a une attitude ambiguë envers lui, reconnaissant en René Clair un « auteur total » qui a ouvert la voie au changement, mais critiquant aussi son « cinéma de qualité », un académisme dans lequel le réalisateur a fini par tomber et qui incarne selon eux l'establishment.
Le style René Clair
Tout au long de sa carrière, René Clair a eu la chance d’être entouré de personnes douées qui lui ont permis de donner vie à ses histoires et à ses expérimentations.
Casser les codes pour en inventer d’autres
D'abord hostile au parlant car il craignait de perdre la liberté visuelle du muet et de voir le cinéma réduit à du simple théâtre filmé, René Clair l'apprivoise en contournant la pesanteur du réalisme : le visuel prime toujours et les dialogues ne sont pas indispensables. Si le son peut lui servir de ressort comique, la musique dans ses films est un fil conducteur qui rythme l'action.
Mêlant burlesque et poésie, René Clair réinvente aussi le slapstick, une forme de comédie qui mêle poursuites, action et gags dignes de cartoons, aidé par des trucages lors du tournage et du montage.
Le style de René Clair a dépassé nos frontières : alliant rigueur hollywoodienne et ironie française, la « Clair's touch » a su insuffler élégance, onirisme et fantaisie dans des genres cinématographiques américains pourtant très codifiés.
Ses collaborateurs fétiches
Les collaborateurs de René Clair au début de sa carrière ont exercé une influence déterminante sur son style et sur son œuvre.
Décorateur clé, Lazare Meerson a façonné des décors poétiques en studio et a forgé l'esthétique du réalisateur et du futur « réalisme poétique ».
Chef opérateur fétiche de René Clair, Georges Périnal a sublimé ses films par une lumière raffinée avant de gagner une renommée mondiale auprès d’autres célébrités, de Cocteau à Chaplin.
Maurice Jaubert a composé des musiques légères et inventives qui soutenaient la poésie et l'humour de ses films.
René Clair a dirigé des acteurs qui ont eu une certaine célébrité à l’époque, avant de trouver son alter ego avec le sensible Gérard Philipe, icône élégante de l'après-guerre.
Le réalisateur a aussi collaboré avec des producteurs majeurs, en Europe comme aux États-Unis. Ces derniers lui ont laissé beaucoup de liberté, un luxe dans l’industrie du cinéma.
