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Paris qui dort

Précurseur dans le domaine de la science-fiction, le film Paris qui dort met aussi en lumière la vie quotidienne dans les grandes villes industrielles.

Les débuts de la science-fiction

Dans Paris qui dort (1924) de René Clair, un rayon mystérieux fige les Parisiens. Le gardien de la tour Eiffel et quelques rescapés profitent d'une ville immobile avant de traquer un savant fou.

Inspirés par les découvertes scientifiques de l’époque et d’inventeurs réels comme Grindell-Matthews, les « rayons de la mort » irriguent le cinéma, du muet jusqu'à Star Wars.

Archétype récurrent du cinéma hérité de l'expressionnisme, le savant fou de Paris qui dort se distingue par sa légèreté, utilisant son rayon pour jouer avec la réalité.

Né au début du XXe siècle sous l'impulsion de Maurice Renard, le merveilleux-scientifique mêlait rationnel et étrange en littérature et se basait sur des lois scientifiques inventées pour interroger le présent. On peut parler de « pré-science-fiction ».

Pionnière avec Méliès, la France peine aujourd'hui en SF, coincée entre la concurrence des budgets hollywoodiens colossaux et un certain snobisme du cinéma d'auteur.

Jeux temporels

Pour certains critiques, le rayon de Paris qui dort est une métaphore du cinéma : tel un projecteur, il fige ou anime le temps pour réinventer le mouvement. Le cinéma module le tempo comme une sorte de « musique mécanique ».

René Clair crée une « décharge électrique » en rompant le mouvement par l'immobilité puis en embrayant sur un nouveau rythme.

En usant d'accélérés et de ralentis, en décomposant le mouvement comme la chronophotographie autrefois, il libère le cinéma du simple théâtre filmé, comme d’autres cinéastes d’avant-garde.

Le rayon du savant fou lui permet de faire la satire du rythme industriel moderne, tandis qu'Albert, épargné, résiste à cette cadence et jouit de sa liberté.

Entre éloge et critique de la vitesse, thème cher aux années 1920, le film rappelle que le temps humain reste inarrêtable.

Espace & mouvements

Si la ville est un thème à la mode dans les années 1920, Paris qui dort nous permet aussi de nous interroger sur la société et ses règles.

Filmer la ville

Paris, ville fétiche de René Clair, nous offre quatre visages dans son œuvre : fantastique, populaire, festif et plus sombre avec ses faubourgs.

Le chef-décorateur Lazare Meerson a révolutionné les films du réalisateur en recréant en studio un Paris à la fois réaliste et poétique, inspirant même Hollywood.

Pour le critique Siegfried Kracauer, René Clair fait de Paris un acteur à part entière en captant le flux de la ville et ses sons pour interpeller le spectateur.

Dans Paris qui dort, la tour Eiffel devient à la fois un personnage clé et un terrain de jeu filmé en décors réels, mêlant prise de risques pour les acteurs et recherche esthétique.

La grande ville était un thème apprécié de l’avant-garde des années 1920, avec les « symphonies urbaines », des documentaires mêlant rythme et techniques innovantes pour l’époque.

Se réapproprier l’espace

Depuis le sommet de la tour Eiffel, Albert observe un Paris figé (inspiré par les photos d'Eugène Atget) avec une vue panoptique quasi divine, avant de descendre pour devenir enfin acteur de l’histoire.

La marche urbaine est un acte de résistance et d'émancipation : en déambulant dans Paris, Albert s'affranchit du contrôle imposé par la société industrielle.

Libres dans une ville pétrifiée, les rescapés et lui pillent et transgressent les règles par jeu, avant que cette liberté absolue ne sombre dans l'ennui.

Paris qui dort explore les thèmes avant-gardistes de l'invisible et l'insaisissable, que la caméra peut révéler : ce qui échappe à l'œil nu mais influence le réel (comme le rayon du savant) et ce qui est éphémère (comme le temps suspendu ou la liberté absolue).

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