Le mouvement Dada
Principes fondateurs
Le mouvement dadaïste est porté par une révolte face aux horreurs de la guerre, mais surtout face à une conception étriquée de l’art et de la société du début du XXe siècle.
Aux origines du mouvement
Né à Zurich en 1916 au Cabaret Voltaire, Dada rejette la raison par la provocation artistique et l’expérimentation de nouvelles formes d’expression, comme le bruitisme. Le mouvement va très vite se répandre à l’international.
Choisi au hasard d’un dictionnaire (selon la version la plus répandue), le nom « Dada » ne signifie rien. Ce terme absurde symbolise le rejet des conventions.
Portés par Tristan Tzara, les manifestes dadaïstes dénoncent l'art et la société dominée par le mercantile et l’utilitaire. Détournant la publicité pour se moquer du capitalisme, Dada transforme ses manifestes en outils subversifs et rappelle au lecteur qu'avec la société marchande, tout se vend et que le consommateur est souvent passif.
En 1924, le recueil final enterre le mouvement avec une ultime provocation.
Dada dans les différents arts
Dada refuse de séparer l'art et la vie. De l'art textile de Sophie Taeuber aux poèmes aléatoires de Tzara, le mouvement désacralise l'acte créatif (comme avec le Ready-Made de Marcel Duchamp, qui prône la récupération d’objets déjà existants).
Le cinéma dadaïste rejette la narration classique pour explorer l'abstraction, les effets optiques et le rythme. Des artistes comme Man Ray ou Hans Richter en font un art visuel autonome.
Mêlant masques, costumes étranges et performances provocatrices, le théâtre dada brise la frontière entre l'art et la vie quotidienne pour surprendre le spectateur.
La musique dadaïste utilise quant à elle bruitages, hasard et poésie sonore chaotique pour provoquer le public.
Après la fin du mouvement, les années passant, cette révolte face à l’establishment finira par être récupérée par les institutions que Dada rejetait.
L’héritage du mouvement Dada
Même si Dada n’a pas perduré, il a inspiré de nombreux mouvements d’avant-garde jusqu’à nos jours – malgré le fait que cet héritage a parfois été conflictuel.
Dada & surréalisme
D’abord unis par un rejet mutuel de la logique, les mouvements Dada et surréaliste se séparent de manière violente en 1924, sur fond de tensions grandissantes entre Tristan Tzara et André Breton. Ce dernier, admirateur de Freud, veut privilégier l'exploration structurée de l’inconscient face au chaos nihiliste de ses prédécesseurs.
Héritier de Dada malgré tout, le surréalisme s’intéresse au hasard et au rêve via l'écriture automatique ou des jeux comme le cadavre exquis, mais en cherchant une créativité positive.
Pionniers du photomontage, les dadaïstes ont aussi ouvert la voie aux collages oniriques de Max Ernst, fusionnant provocation et exploration de l'irrationnel.
De même, héritier du goût du chahut dadaïste, le cinéma surréaliste choque volontiers le spectateur trop passif, comme avec la célèbre séquence de l'œil tranché d'Un Chien Andalou, collaboration entre Luis Buñuel et Dalí.
L’après-Dada
Dada a aussi fait des émules après-guerre. Dans les années 50, le Néo-Dada réactive l'esprit de l’avant-garde en mêlant art et quotidien, se focalisant sur les objets courants et la participation du spectateur. Durant la décennie suivante il inspire le Pop Art, le Nouveau Réalisme et le Fluxus.
Brisant les conventions, le lettrisme révolutionne le cinéma à la même époque en dissociant son et image, et en intervenant physiquement sur la pellicule pour créer des effets.
Active de 1957 à 1972 et plus politique, l'Internationale Situationniste critique le capitalisme et la société du spectacle par le détournement. Son fondateur dissout le groupe pour éviter sa récupération.
Plus surprenant, le mouvement punk est lui aussi un peu héritier de Dada, en partie grâce à l’équipe qui entourait les Sex Pistols, groupe mythique. Scandale et détournement des symboles pour rejeter la société trouvaient un nouveau sens en musique.
