Les malheurs d’un poète exilé dans le livre III des Tristes
Les malheurs d’un poète exilé dans le livre III des Tristes
En 8 après J.-C., Ovide est un poète latin reconnu, auteur des Amores, des Héroïdes, mais surtout des Métamorphoses, long poème mythologique à la gloire de l’empire romain d’Auguste. Mais, alors qu’il se trouve au sommet de sa gloire à Rome, il est frappé, pour des raisons encore obscures aujourd’hui, par un décret impérial d'Auguste qui l’exile à Tomis, sur la rive occidentale du Pont-Euxin, l'actuelle Constanța en Roumanie. Il quitte Rome à la fin du mois de novembre pour un voyage de plusieurs mois, durant lesquels il compose le livre I des Tristes, les débuts de ce recueil d’élégies composé en distiques élégiaques et caractérisé par le ton de la plainte. C’est vers 9 après J.-C qu’il arrive à Tomis. Le livre II constitue une longue élégie adressée à Auguste pour tenter de le convaincre de changer d’avis sur son exil. Le livre III, composé peu après l'arrivée à Tomis, marque un tournant : ce n'est plus le voyageur qui écrit, ni le suppliant, mais l'homme désormais installé dans son exil, contraint de supporter sa nouvelle condition. Le portrait du poète qui se dessine au fil des quatorze élégies du livre III est alors celui d'un homme diminué physiquement. Le corps est atteint : dans l'élégie III, écrite à sa femme avec l’aide d’une autre personne parce qu'il est trop malade pour tenir le calame lui-même, Ovide s'imagine mourant et compose sa propre épitaphe. L'élégie VIII prolonge cette peinture de la déchéance physique : insomnie, maigreur qui laisse à peine la peau recouvrir les os décharnés, pâleur automnale des membres, dégoût des aliments, langueur perpétuelle. Le corps est atteint, mais le moral aussi : l’exil est vécu comme une souffrance physique et psychologique. Il se décrit comme un poète que la sanction impériale a coupé de son monde. Dès l'élégie I, où Ovide met en scène son propre livre voyageant seul vers Rome à sa place, l'entrée des trois grandes bibliothèques publiques de la ville lui est refusée : la bibliothèque du Palatin, celle du portique d'Octavie, puis celle du temple de la Liberté sur l'Aventin. La disgrâce du père rejaillit sur ses propres ouvrages. Enfin, dans l'élégie XIV, adressée à un ami bibliothécaire, Ovide décrit l'appauvrissement de son propre latin au contact des peuples « barbares », les Gètes et les Sarmates, et par l’apprentissage de la langue thrace qu’il a alors apprise pour pouvoir communiquer. Ce sont donc les malheurs de l’exilé qui sont décrits dans cette œuvre ultime : l’ostracisme imposé par l’empereur devient la cause de sa décrépitude physique, morale et intellectuelle.


