L'humanité comme objet de sciences (1)

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Mini-cours - L'humanité comme objet de sciences (1)

Une des spécificités de l’espèce humaine semble être sa capacité et son désir d’élaborer des connaissances, de constituer des sciences des phénomènes naturels. Mais l’humanité peut-elle se prendre elle-même pour objet de science ?

Cette possibilité semble se heurter aux difficultés suivantes :

  1. Si l’humanité est caractérisée par une certaine forme de liberté ou d’indétermination, si les relations humaines sont le domaine de la contingence et de ce qui arrive uniquement « la plupart du temps », peut-on en proposer une connaissance scientifique, qui ne semble porter que sur l’universel et le nécessaire ?
  2. Alors que, dans les sciences de la nature, l’objet connu est distinct et extérieur au sujet connaissant, le paradoxe des sciences humaines est qu’elles mettent l’homme en position à la fois de sujet connaissant et d’objet à connaître. Plus fondamentalement, elles partent d’une ambivalence : elles entendent comprendre l’humanité comme un ensemble d’individus historiquement et socialement contingents et divers, mais supposent qu’il existe un sujet rationnel capable de porter un discours universel et nécessaire. Cette ambivalence, Michel Foucault l’a nommée « doublet empirico-transcendantal » (Les Mots et les Choses) : l’homme doit être à la fois un sujet qui rend possible la connaissance, et un objet empirique situé dans la particularité.

Le premier problème est celui de l’existence d’une causalité, ou de lois de causalité, au sein de la sphère humaine, et de la capacité des sciences humaines (psychologique, sociologie, histoire) à les dégager. On peut alors :

  1. Ou bien soutenir l’existence de lois dans la sphère humaine analogues aux lois de la nature. Ainsi, Émile Durkheim considère qu’il existe des lois macro-sociales, qui sont de l’ordre d’un raisonnement statistique, et appréhendées de manière quantitative comme des corrélations entre variables.
  2. Ou bien refuser l’existence de telles lois, en soulignant qu’il faut plutôt essayer de comprendre la singularité de la réalité sociale (Dilthey, Introduction aux sciences de l’esprit). Il s’agit moins d’expliquer, que de comprendre, c’est-à-dire de saisir l’intentionnalité des actions d’autrui et de laisser une place à la liberté des individus. Cela implique aussi de refuser tout réductionnisme : on ne peut transposer les méthodes des sciences de la nature à la psychologie ni rendre compte, par les lois de la nature, des sens de notre expérience. Il s’agit alors d’étudier les traces de la vie psychique humaine, en reconstruisant ces faits psychiques. La difficulté de cette position est qu’il semble exister, y compris dans certains phénomènes sociaux ou humains, des régularités fortes (voir par exemple les contraintes structurelles dans la formation des langues).

EN RÉSUMÉ

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