Mini-cours - Introduction et enjeux
L’humanité est un concept abstrait, universel, désignant la nature ou la forme essentielle des êtres humains. Comme tout concept, il peut se définir de deux manières :
- En extension.
- En compréhension (ou intension).
Une définition en extension indique l’ensemble des éléments ou réalités qui tombent sous un concept : l’humanité, ce sera alors l’ensemble des êtres humains indépendamment de leur culture ou de leur race, l’entité collective formée par l’ensemble des individus « humains » passés, présents et même futurs (en anglais, mankind, humankind ; en allemand : Menschleit). La définition en compréhension (ou intension) renvoie en revanche au contenu du concept et suppose d’expliciter l’ensemble des prédicats (ou propriétés) qui définissent et singularisent le concept. Le problème est alors plus épineux : qu’est-ce qui fait d’un être humain un être humain ? Quelles sont les propriétés et caractéristiques qu’on attribue à un être lorsqu’on parle de son « humanité » ?
L’humanité renvoie donc à la fois à un ensemble d’individus et à une qualité propre à ces individus, mais cette qualité n’est pas nécessairement évidente : la bipédie, la posture droite, le langage, la raison, la sociabilité, la religion, la culture, lequel de ces phénomènes définit-il l’humanité ?
Se pose également le problème de l’unité du concept d’humanité : l’être humain possède-t-il une essence constante et universelle ou doit-on faire valoir l’irréductibilité des différences culturelles, historiques, ce qui rend difficile l’expression d’humanité au singulier ? Existe-t-il une nature humaine ?
À ce problème définitionnel s’ajoute une duplicité du concept d’humanité, lequel peut indiquer :
- Ou bien la propriété, objective et descriptive, de ceux qui sont des êtres humains.
- Ou bien la qualité, morale et normative, de ceux qui se comportent comme des êtres humains (en anglais : humanity ; en allemand : Menschlichkeit, Humanität).
Le fait même qu’on puisse parler d’actes « inhumains » réalisés par des êtres « humains » suffit à instiller le doute : l’humanité est-elle une qualité innée, dont disposerait tout être appartenant à l’espèce humaine, ou bien est-elle une qualité morale qu’on doit acquérir, par la culture et le jugement moral ? Ou bien est-elle une norme, distinguant ce qui doit être fait de ce qui ne doit pas être fait ? La difficulté est que, bien souvent, il est difficile de distinguer l’approche strictement définitionnelle et objective de l’humanité de la question normative : si l’on définit l’homme comme un « animal rationnel », il semble bien que l’on présuppose un certain idéal de conduite de la part de l’homme.