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Mini-cours - Définition (1)

Une première approche pour définir l’humanité consiste à la définir comme une espèce d’un genre plus large, l’animal, et donc à indiquer la différence spécifique qui sépare l’homme des animaux. C’est une réflexion sur le « propre » de l’homme.

On trouve une définition de ce type dans un texte des Politiques d’Aristote :

« Que l’homme soit plus proprement que n’importe quelle espèce d’abeille et que n’importe quel animal grégaire, un animal civique, on le voit. La nature ne fait, disons-nous, rien en vain. Or il n’y a que l’homme, parmi les animaux, qui soit doué du logos  ; la voix indique, certes, la peine et le plaisir, si bien que les autres animaux en sont aussi pourvus (la nature en est arrivée avec eux au point qu’ils perçoivent le plaisir et la peine, et se les signifient les uns aux autres), mais la parole a pour objet de faire connaître ce qui est avantageux et ce qui est nuisible, et partant le juste et l’injuste. Cela est propre aux hommes par rapport aux autres animaux qu’ils sont seuls à percevoir le bien et le mal, le juste et l’injuste, et le reste ; or c’est d’avoir cela en commun qui fait la famille et la cité » (Politiques, I, 2, 1253a7-18).

Le but d’Aristote est ainsi de montrer 

  1. Que la cité existe par nature, car elle dépend de la loi naturelle qui préside à l’union naturelle du mâle et de la femelle ;
  2. Que l’homme est un animal politique supérieur aux autres, car son union politique est fondée sur la possession de valeurs morales et d’une capacité de jugement (de même que l’amitié entre hommes est plus forte, car elle implique des êtres qui savent délibérer, voir l’Éthique à Eudème, VII, 2, 1236b5-10).

On retiendra donc que l’approche aristotélicienne implique :

  1. Une forme de continuisme : l’homme est un animal, doué comme les autres animaux de sensations. Certains autres animaux possèdent également une forme de langage, de raisonnement, certaines habitudes et forment même des sociétés (voir l’analyse d’Aristote dans l’Histoire des animaux, notamment au livre IX). L’homme se distingue par degré des animaux.
  2. Une forme de rupture est toutefois ménagée dans la mesure où la possession du logos, d’un langage rationnel qui ouvre la possibilité d’une signification complexe et judicative, modifie la manière dont l’homme vit son animalité. Cette intelligence s’accompagne de toutes les propriétés concrètes et physiques qui sont la condition de son expression : station droite (qui le tourne vers la contemplation et le rend semblable au divin, Parties des animaux, IV, 8), possession de la main, langage articulé. En particulier, Aristote souligne que c’est parce qu’il est intelligent que l’homme est doué d'une main, et non pas le contraire : la main est un instrument qui permet à l’intelligence de s’exprimer, car elle permet de manier un nombre indéterminé d’outils et de ne pas être limité à un nombre déterminé d’actions (Parties des animaux, IV, 10). En ce sens, Aristote réfute le mythe de Prométhée présenté dans le Protagoras de Platon : l’homme n’est pas l’animal le plus dépourvu et le plus fragile, mais celui en lequel la nature accomplit parfaitement son but (son télos).
  3. Que le caractère politique des êtres humains ne se fonde pas uniquement sur la nécessité de combler des besoins, mais sur une dimension morale et civique : « même quand ils n’ont pas besoin de l’aide les uns des autres, les hommes n’en ont pas moins tendance à vivre ensemble » (Politiques, III, 6, 1278b17). Le but de la vie en commun n’est pas simplement la vie, mais la vie heureuse, même si le fait de rendre sûre la vie peut participer au bonheur.

On ajoutera deux remarques :

  1. Il arrive aussi à Aristote de définir l’homme comme un animal naturellement « mimétique » (le plus disposé à l’imitation), qui sait apprendre par imitation (mieux que d’autres animaux) et surtout prendre un plaisir aux représentations en tant que représentation, du fait du plaisir cognitif qu’il en retire (Poétique, IV).
  2. Le problème se pose chez Aristote de l’unité du genre humain : non seulement ceux qui vivent isolément ne semblent pas représenter l’idéal du genre humain, mais l’enfant et la femme ne sont pas considérés comme des humains parfaits : l’enfant parce qu’il est un homme en devenir, qui n’a pas l’humanité parfaitement en acte ; la femme parce qu’elle n’est que le produit d’un écart, d’un défaut dans le processus de génération.

EN RÉSUMÉ

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v 3.1.25