Mini-cours - Une vertu morale (2)
La réflexion morale sur le concept d’humanité implique également d’interroger le fondement de ce devoir d’humanité. Si Rousseau considère que la vertu d’humanité est une tendance naturelle et irréfléchie, et si Hume affirme que la raison ne fait que guider et élargir la tendance à la sympathie, Kant soutient en revanche qu’on ne peut fonder une morale objective que sur un fondement rationnel.
Plus précisément, c’est parce que l’homme est un être raisonnable qu’il peut se représenter une loi morale valable pour tous les êtres raisonnables, qui consiste à suivre une maxime conforme à la forme d’une loi (et non une maxime particulière, qui donnerait une matière contingente à la volonté) : agir de telle manière que la maxime de son action puisse être universalisable sans contradiction (première formulation de l’impératif catégorique).
Dans Les Fondements de la métaphysique des mœurs (IIe section), cette première formulation débouche sur une seconde : l’homme étant capable de se représenter une pure loi morale, il peut aussi considérer l’humanité en lui comme une fin en soi et non comme un moyen. C’est ce que Kant appelle une « personne » : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »
La rationalité de l’homme, capable de concevoir une action faite par seul devoir, et non pour un intérêt extrinsèque, est donc le fondement d’une notion morale d’humanité, comme dignité de ce qui est une fin en soi. Dans la Critique de la raison pratique, Kant développe ce point en soulignant que la capacité de l’homme à se représenter une loi pure de la moralité en relève l’appartenance à la sphère suprasensible : il est non seulement un être mû par des intérêts et des désirs sensibles, mais il semble capable de se déterminer à l’action de lui-même, simplement pour respecter l’humanité qui est en elle-même. C’est donc la notion de personnalité qui manifeste « la sublimité » de la nature humaine, c’est-à-dire le fait qu’il est destiné à une action libre et raisonnable, assez éloigné, semble-t-il de son action quotidienne.