Mini-cours - Une vertu morale (1)
Faire preuve d’humanité, c’est bien déployer, dans le domaine de la pratique, une conduite qui s’accorde avec ce que devrait être l’humanité. La valeur morale de l’humanité peut être comprise à travers plusieurs problématiques :
- Celle du lien entre la nature de l’être humain et son devoir en tant qu’être humain. Pour Cicéron, empreint de stoïcisme, l’homme qui est doué de raison et de langage est par conséquent voué à une vie communautaire, qu’il doit favoriser en faisant preuve de bienveillance. Dans son Traité des devoirs (livre I), il conçoit ainsi la « société de tous les hommes » comme liée par le langage et la raison et par une forme de communauté de dons naturels qui les rend proches les uns des autres. La vertu consiste alors à faire fructifier cette raison, de manière à lutter contre la particularité des intérêts, afin d’élargir le cercle de notre « appropriation » naturelle (l’appropriation désigne, chez les stoïciens, le mouvement de chaque être naturel vers ce qui lui est propre et, par extension, la tendance à se rapprocher de ce qui lui est semblable).
- Celle du caractère naturel ou artificiel de l’amour pour l’humanité et de la tendance à la bienfaisance :
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- Pour Rousseau, par exemple, les êtres humains sont mus naturellement par la pitié, « vertu d’autant plus universelle et d’autant plus utile à l’homme qu’elle précède en lui l’usage de toute réflexion, et si naturelle que les bêtes mêmes en donnent quelquefois des signes sensibles ». Cette pitié désigne un sentiment inné et immédiat de commisération, c’est-à-dire de partage de la douleur avec celui qui souffre ; elle se nomme « humanité » lorsqu’elle s’applique « à l’espèce humaine en général » (Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes, livre I). La pitié a pour fonction d’équilibrer la tendance de l’amour de soi à rechercher la conservation de sa vie et son avantage et de modérer, dans le monde social et civique, les dangers de l’amour-propre, qui « porte chaque individu à faire plus cas de soi que de tout autre » et repose sur la comparaison constante de soi avec l’autre à l’aide de la raison.
- À l’inverse de Rousseau, Hume considère qu'il n’existe pas d’amour naturel pour l’humanité (Traité de la nature humaine, III, II, 1). Pour Hume, l’humanité est une vertu qui se développe de manière artificielle à partir de deux phénomènes : une tendance à prendre du plaisir dans la contemplation de belles actions et une tendance à éprouver, par sympathie, les passions de tout être qui ressemble au moi. L’enjeu est donc de savoir comment, par la conversation, l’éducation et la culture, le moi apprend progressivement à se mettre à la place de l’autre, voire de toute autre personne, pour prendre un point de vue général et abstrait et modérer les tendances néfastes de son égoïsme.