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Mini-cours - L'inhumain (2)

Si la réflexion sur la cruauté permet de circonscrire le paradoxe de l’inhumain, elle ne touche que le problème d’une passion, qui est un certain développement, accidentel, de l’esprit, même si elle peut s’incruster. Peut-on considérer que l’inhumain est une caractéristique de la nature même de l’homme ?

On peut alors distinguer deux positions :

  1. L’une insiste sur le caractère naturellement mauvais de l’homme, en dehors de toute condition civile (Hobbes).
  2. L’autre sur la bonté naturelle de l’homme, dépravée par l’évolution de la civilisation et de la société (Rousseau).

Une réponse intermédiaire consiste, comme Kant, à s’interroger sur la radicalité du mal à la nature humaine. Dans La Religion dans les limites de la simple raison, Kant évacue deux possibilités pour expliquer la radicalité du mal :

  • Le mal viendrait de la sensibilité : pour Kant, la sensibilité ne fournit pas d’elle-même de principe à nos actions (il faut encore choisir d’agir conformément à ses inclinations) et par ailleurs le mal doit pouvoir nous être imputable.
  • Le mal serait une perversion directe de la raison, qui pourrait vouloir le mal pour le mal lui-même : pour Kant, il s’agit d’une raison diabolique, qui est toutefois impossible, car elle impliquerait que l’homme se considère à la fois comme libre (c’est-à-dire obéisse à une loi qui ne dépend pas d’une cause sensible) et comme n’obéissant pas à la seule loi indépendante des mobiles sensibles.

Kant propose de considérer le mal radical comme un effet de subordination et de renversement : c’est le fait de subordonner l’obéissance à la loi morale aux motifs de l’intérêt personnel (de l’amour propre). Le mal radical est inscrit dans le libre arbitre de l’homme comme capacité de préférer un intérêt égoïste à la loi morale : l’homme mauvais choisit de respecter la loi morale seulement et uniquement si cela s’accorde avec ce qu’il pense être son avantage.

Dans ce cas, l’inhumain peut aussi se produire par omission, comme si l’humanité pouvait négliger sa propre disposition morale. Ainsi, Hannah Arendt montre, à partir du cas d’Eichmann, que les fonctionnaires des régimes totalitaires n’embrassaient pas leur volonté d’éradication, mais faisaient le mal en obéissant à des ordres supérieurs :

  • Cette « banalité du mal » est celle d’une pensée qui n’est plus critique, incapable de refuser un ordre immoral : défaut de pensée.
  • Ce mal engage la responsabilité de l’acteur qui, en choisissant d’intégrer un régime politique, porte une partie de la responsabilité de ses actions.

De même, dans L’Obsolescence de l’homme (1959), Gunther Anders livre ses réflexions sur la nouvelle civilisation technique inaugurée par l’invention et l’utilisation de la bombe nucléaire :

  • Il décrit la « honte prométhéenne » de l’homme qui, en se mesurant aux machines qu’il crée, se sent inférieur (en longévité, en capacité, en vitesse, etc.) et cherche à en devenir une.
  • Et l’« aveuglement face à l’apocalypse »  : en devenant de simples travailleurs au sein de systèmes de production qu’ils ne contrôlent pas, les ouvriers ne sont plus des agents, mais des instruments d’une production plus vaste. L’ouvrier est « neutre moralement et n’entretient pas de véritable rapport à l’avenir ». Dans ce contexte, l’homme ne peut comprendre le danger de la bombe (et le possible anéantissement de l’humanité), car il n’a plus le sens de la finalité et du futur.

EN RÉSUMÉ

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