Mini-coursGratuit

Mini-cours - Définition (2)

Si Aristote propose une définition essentialiste de l’humanité, sa réflexion sur la main ouvre en partie la question de l’indétermination de la nature humaine : si l’homme a une nature, cette nature est assez flexible pour qu’elle puisse actualiser différentes possibilités.

Cette thèse sera développée à la Renaissance, notamment dans le Discours sur la dignité de l’homme, écrit par Pic de la Mirandole. Le contexte de cette œuvre est le suivant :

  • Une pensée chrétienne avait considéré que Dieu avait créé l’homme à son image, ce qui impliquait de se demander en quoi l’homme ressemble à Dieu, mais aussi en diffère.
  • La pensée médiévale avait insisté sur la misère de l’homme, placé, dans sa vie d’ici-bas, au milieu des passions et de la contingence.

La thèse de Pic de la Mirandole consiste à soutenir que l’homme est la créature la plus admirable (ce qui ne signifie pas qu’elle soit la meilleure). Sur le théâtre du monde, c’est bien l’homme qui est digne d’admiration, et non la nature. L’originalité de sa thèse revient à déclarer que, cependant, cette dignité ne dépend pas de la rationalité de l’homme (à ce compte-là, les anges, êtres parfaitement rationnels, seraient plus admirables). Si l’homme est bien, par nature, un être rationnel, cette nature ne suffit pas à justifier l’admiration qu’on lui porte : Pic de la Mirandole cherche la raison de sa condition conditio »), qui fait envie même aux intelligences supérieures.

À travers un mythe et en donnant la parole à Dieu, Pic de la Mirandole montre alors que :

  1. L’homme a été créé au moment où tous les dons avaient été distribués, mais parce qu’il était nécessaire qu’un être puisse contempler la création de Dieu : l’humanité est donc d’abord vouée à la contemplation ;
  2. Mais comme il a été créé sans nature « propre », sans « visage », il lui a été donné la liberté de se donner la nature qu’il désire, à la manière du dieu Protée aux mille visages, et contrairement aux animaux ou aux anges qui sont par leur nature tout ce qu’ils peuvent êtres ; Pic élabore cette capacité d’autodétermination à partir des figures du sculpteur de soi (« plastes », « fictor »), capable de se donner la forme qu’il souhaite et de l’arbitre, qui peut se juger et s’examiner lui-même ;
  3. Cette liberté s’accompagne d’une forme de fragilité (l’homme peut déchoir de sa condition) et surtout d’une responsabilité : il tient de lui-même ce qu’il est.

Si l’indétermination de la nature humaine est reprise par Montaigne, celui-ci formulera, dans ses Essais, trois critiques fondamentales à l’humanisme rationnel :

  1. Il contestera que la raison soit propre à l’homme et que les animaux n’en soient pas dotés.
  2. Il contestera l’idée que la liberté de l’homme soit une liberté rationnelle fondée sur le jugement et l’évaluation de soi.
  3. Il soulignera que l’homme n’est pas en dehors de la nature : « Il faut contraindre l’homme et le ranger dans les barrières de cette police (l’ordre naturel). Le misérable n’a garde d’enjamber par effet au-delà  ; il est entravé et engagé, il est assujetti de pareille obligation que les autres créatures de son ordre, et d’une condition fort moyenne, sans aucune prérogative, préexcellence vraie et essentielle » (Apologie de Raymond Sebond, Essais, II, 2).

L’homme est, fondamentalement, pour Montaigne, marqué par sa vanité.

EN RÉSUMÉ

QuizGratuit
v 3.1.25