Qu’est-ce qu’une méditation poétique ?
En 1818, le recueil devait s’appeler « Élégies », le choix du mot « méditation » s’est imposé tardivement. Il ne s’agit plus pour le poète d’exprimer sa tristesse songeuse en de tendres et mélancoliques complaintes, mais de s’interroger sur le mystère des choses, d’approfondir le poème vers le sens de l’existence au lieu de le parfaire dans sa forme et son expressivité. Le mot « méditation » vient du latin « meditari », murmurer à voix basse, se parler à soi-même. Il indique d’abord le retrait en soi, la réflexion intime où puissent s’exalter librement les agitations de l’âme, les tourments nés de l’expérience du deuil. Ensuite, le poète se présente comme un poète pensant, avide d’Absolu, héritier du théologien. « La métaphysique et la poésie sont sœurs, ou plutôt ne sont qu’une : l’une étant le beau idéal dans la pensée, l’autre le beau idéal dans l’expression. » Mais méditer a aussi une dimension religieuse, c’est se faire explorateur de l’ordre spirituel et rencontrer la question de Dieu. L’interrogation se mue en prière d’action de grâces, comme dans « Le Temple » ou « Le Chrétien mourant. »