L’écriture comme un couteau
Dans un long entretien avec Frédéric-Yves Jeannet, Annie Ernaux prononce cette formule d’« écriture comme un couteau » pour désigner à la fois la rudesse, la sincérité et la présence du réel dans ses ouvrages. « J’importe dans la littérature quelque chose de dur, de lourd, de violent même, lié aux conditions de vie, à la langue du monde qui a été complètement le mien jusqu’à dix-huit ans, un monde ouvrier et paysan. »
Dans Les Années, il s’est agi d’inscrire dans l’Histoire l’existence d’une femme et, partant, celle des femmes et des hommes. En mêlant plusieurs mémoires, le roman est au carrefour de la littérature, la sociologie et l’histoire. La sincérité est aussi vérité collective.
En se différenciant du roman réaliste ou politique, Annie Ernaux choisit « l’écriture plate », factuelle, de constat, dépouillée d’affects et de jugements. Ni misérabiliste, ni populiste à propos de ceux qu’elle appelle « les dominés », elle écrit au plus près de la réalité qu’elle a connue.