Le roman d’analyse
La Princesse de Clèves est le modèle du roman d’analyse. Loin de mettre l’accent sur l’intrigue dans un roman d’amour qui ne débouche sur rien, l’essentiel réside dans l’intériorité des personnages, la conscience qu’ils ont des événements et leurs hésitations existentielles. Entre la filiation avec le dilemme du roman médiéval (ainsi, dans Chrétien de Troyes, le héros exprime son hésitation entre deux actions) et le roman de la conscience flaubertien, l’analyse psychologique au XVIIe possède une portée morale. Une vérité humaine y est décrite à la manière des moralistes et des précieux, guidée par la pensée janséniste. La Rochefoucauld disait de la Princesse de Clèves : « La même fermeté qui sert à résister à l’amour sert aussi à le rendre violent et durable. ». Le discours indirect libre qui permet de retranscrire les dires ou les pensées d’un personnage sans passer par un terme introducteur focalise le propos sur un point de vue interne. La lecture des indices de l’amour chez autrui au-delà des apparences trompeuses, le souvenir des injonctions maternelles, les clivages intérieurs en sont le contenu le plus fréquent pour l’héroïne.