Les accords grammaticaux en français
Même si la licence « Langues étrangères appliquées » a pour visée de former des personnes compétentes en anglais et dans une ou plusieurs autres langues, la maîtrise du français écrit demeure toutefois indispensable. Or, la règle de l’accord du participe passé n’est pas toujours maîtrisée par les étudiants de 1re année. L’épreuve de version anglaise, qui consiste à traduire en français un texte issu (habituellement) de la presse anglophone, révèle aussi et surtout les compétences rédactionnelles du candidat dans sa langue maternelle. Une faute d’accord en français est dès lors éliminatoire. Cette fiche a pour but de remédier à ce problème.
POURQUOI ACCORDER LE PARTICIPE PASSÉ ?
>> Problème de REPÉRAGE SYNTAXIQUE, essentiellement. L'idée, c'est de marquer (à la fois à l'oral et à l'écrit) les rapports logiques / de pensée entre les mots ou parties d'une phrase / d'un texte. Un « texte » est comme un tissu, un réseau délicat de parties inter-connectées dont dépend la « tenue », la cohérence, de l'ensemble. Si l'un des fils est mal cousu, l'ensemble peut se disloquer.
>> Contrairement aux langues flexionnelles comme le grec ancien ou le latin, le français n'a pas la possibilité de différencier la catégorie grammaticale des mots autrement que par l'ajout de particules (à, de, pour, etc.) et, dans certains cas, il n'y a aucune différence dans la langue « parlée », qui sert de base à la langue écrite. Certaines ambiguïtés peuvent émerger de ce problème, des double-sens, des problèmes d'interprétation. Or, s'il est possible à l'oral de marquer mélodiquement la différence ou de demander une explicitation (qu'entendez-vous par là ?), il n'est pas possible de questionner un texte, par nature muet, et dont le but est de « représenter » symboliquement, immatériellement la voix de son auteur. Exemple d'ambiguïté résolue à l'oral :
[Dans un repas de famille]
— Il a été fumer.
— Quoi, le saumon ?
— Non, Jean-Pierre, il a été fumer.
Ici, l'ambiguïté est levée grâce à une question du co-énonciateur qui n'a pas compris la valeur de « il » et de « fumer ». En l'occurrence, ce personnage imaginaire s'interroge sur la catégorie grammaticale de « fumer » : est-ce l'action générale, ou bien l'état dans lequel se trouve le poisson ? En français, il peut y avoir anguille sous roche... Dans certaines autres langues (l'anglais, par exemple), la syntaxe flexionnelle (i. e. l'ajout de terminaisons plus variées) empêcherait ce type de quiproquo [étymologie : quoi pour quoi]. À l'écrit, où il n'est pas possible d'interroger un texte et où l'auteur n'est souvent pas disponible, l'ambiguïté est levée par le biais de l'orthographe (Il a été FUMER / Il a été FUMé).
>> Ainsi, les accords grammaticaux ont un but précis en français : clarifier les liens logiques du texte, autrement dit la pensée de l'auteur, afin que le texte soit compris du lecteur. Si ce système de « marquage par l'orthographe » des rapports logiques n'est pas maîtrisé, vous risquez de faire passer le message que votre pensée n'est pas claire, que vous ne savez pas raisonner (voire de ne pas être compris/e).
>> De ce fait, certains mots présentant des catégories grammaticales / de pensée différentes sont prononcés de la même façon : Il A bronzé À la plage. À l'oral, la catégorie / valeur du mot peut être marquée ou explicitée (subtilement) par l'intonation, quand le contexte ne suffit pas.
PARTICIPE PASSÉ
Comme son nom l'indique, le « participe passé » PARTICIPE à la construction d'une valeur temporelle passée. Pour exprimer l'idée MOI / MANGER POMME / HIER = J'ai MANGé une pomme hier (où « mangé » marque l'idée de l'action révolue, et le verbe avoir sert d'auxiliaire, c'est-à-dire d'intermédiaire).
>> Or, cette terminologie pose problème dans la mesure où la même forme est utilisée dans d'autres structures de phrase, par exemple « la pomme a été mangéE », où la grammaire traditionnelle appelle « mangéE » un participe passé alors qu'il s'agit en réalité d'un adjectif qualificatif.
>> La différence d'orthographe entre « J'ai MANGé une pomme hier » et « La pomme que j'ai MANGéE hier » dérive de cette différence d'ordre logique. Dans le premier cas, « j'ai mangé » décrit une action révolue (on peut le remplacer par un passé simple, je mangeai), tandis que, dans le deuxième cas, on s'intéresse à une caractéristique de la pomme (elle est mangée, la pomme). Le passé-composé correspond donc à deux " réalités " différentes ; c'est un terme inexact.
>> Le problème, c'est qu'à l'oral en français, pour les verbes se terminant en -ER, il n'existe pas de différence entre les trois fonctions que sont : l'infinitif (MANGER, notion générale), MANGé (invariable, pour marquer la notion d'action passée) et MANgé(e)/(es), l'adjectif. À l'écrit, par contre, il faut marquer la différence :
1) J'ai mangé une pomme hier. [je raconte ce que j'ai fait, une action passée, donc je n'accorde pas.]
2) La pomme que j'ai mangéE hier était très bonne. [je m'intéresse à la pomme, « elle est MANGéE », c'est un adjectif et pas un participe passé. Glose possible : *elle est à moi mangée].
C'est une question de découpage psychologique. IL ne faut pas interpréter la phrase comme « La pomme que/ j'ai mangé / hier était très bonne » mais plutôt comme « La pomme que j'ai / mangéE / hier / était très bonne ». À savoir : le verbe avoir est parfois décrit comme une forme plus sophistiquée du verbe être (« J'ai un chien, donc ce chien EST à moi. » Ici : *la pomme est à moi mangée].
Ce découpage psychologique, vous le faites déjà naturellement quand vous employez des verbes d'autres groupes, comme BOIRE par exemple.
1) Le verre de vin que j'ai BU hier. [le verre que j’ai boire hier]
2) J'ai BU un verre de vin hier.
Pourquoi pas « j'ai boire » ? (Pour ceux qui écrivent encore « j'ai manger », cela est aussi illogique que d’écrire « j'ai boire »). C'est parce que vous connaissez déjà, inconsciemment, la différence entre un infinitif, un p. passé et un p. passé à valeur adjectivale.
Autre exemple de verbe :
1) J'ai écrit une lettre (valeur temporelle).
2) La lettre que j'ai écritE (valeur adjectivale). [elle est à moi écrite]
Vous ne diriez pas : « J'ai écrite une lettre ».
Donc il s'agit simplement de marquer à l'écrit des nuances que vous maîtrisez déjà en tant que francophones.
Pour récapituler :
1 - valeur temporelle, description de l'action : pas d'accord, pas de transformation du verbe, ce qui correspond au « prétérit anglais ». J'ai mangé une pomme / I ATE AN APPLE.
2 - valeur adjectivale, on ne s'intéresse pas à l'action mais à son résultat, ce qui correspondrait au present perfect anglais. La pomme que j'ai mangéE / The apple I have EATEN.
3 - valeur générale détachée de tout ancrage dans le temps. Il est allé fumer dehors / He's gone out for a smoke.