En quoi W ou le Souvenir d’enfance de Georges Perec relie-t-il mémoire personnelle et histoire collective ?

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Mini-cours - En quoi W ou le Souvenir d’enfance de Georges Perec relie-t-il mémoire personnelle et histoire collective ?

W ou le Souvenir d’enfance de Georges Perec, paru en 1975, fait le récit fictif de l’île W qui a d’abord été publié en feuilleton dans La Quinzaine littéraire entre septembre 1969 et août 1970, avant que Perec n’interrompe cette publication pour la reprendre, des années plus tard, en l’entrelaçant à un second récit, non plus fictif, mais autobiographique. C’est ainsi que le roman se construit sur l’alternance de deux narrations : l’une, en italique, reprend et prolonge une histoire imaginée par Perec alors qu’il n’avait que treize ans, celle d’une société entièrement vouée au sport sur une île de la Terre de Feu ; l’autre, en caractères romains, tente de rassembler les rares souvenirs d’enfance de l’auteur, orphelin de père et de mère à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

L’incipit du roman s’ouvre sur un constat paradoxal, « Je n’ai pas de souvenirs d’enfance », qui fonde tout le projet d’écriture et qu’il reprend plus bas dans la suite de l’incipit. Fils d’immigrés juifs polonais, Georges Perec perd son père engagé volontaire dans l’armée française et mortellement blessé en juin 1940 alors qu’il n’a que quatre ans, puis sa mère, déportée, et tuée à Auschwitz en 1943. Envoyé en 1942 par sa mère à Villard-de-Lans, où s'est réfugiée sa tante paternelle Esther avec son mari David Bienenfeld, l'enfant échappe à la déportation, mais grandit sans presque aucun souvenir de ses parents.

C’est dans ce vide que s’enracine le récit fictif de l’île W : présentée d’abord comme un idéal olympique de dépassement de soi, la société qui y règne se révèle peu à peu un système totalitaire fondé sur la compétition, l’humiliation et l’élimination des plus faibles, en écho voilé à l’univers concentrationnaire où disparut la mère de l’écrivain. 
Le récit fictif également mené à la première personne comme la partie autobiographique est celui de Gaspard Winckler, vivant sous un nom d’emprunt, qui se trouve confronté à un passé qu’il pensait enfoui et oublié sur l’île W lorsqu’il reçoit une lettre mystérieuse d’Otto Apferstahl qui lui donne rendez-vous et lui révèle que son nom est celui d’un autre garçon dont le corps a disparu suite à un naufrage. Mais après la coupure marquée par une page blanche avec des points de suspension entre parenthèses, les personnages des deux Gaspard disparaissent pour laisser place à l’évocation de l’île. Ainsi en reliant une histoire intime, tue par l’absence de souvenirs, à une allégorie de l’histoire collective, Perec fait de la fiction le détour nécessaire pour dire ce que l’autobiographie directe ne peut affronter, et pose la question de la responsabilité morale de l’écriture face à un passé qu’aucune mémoire vivante ne garantit plus. 

EN RÉSUMÉ

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