En quoi les personnages sont-ils, chacun à leur manière, victimes de leur époque ?

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Mini-cours - En quoi les personnages sont-ils, chacun à leur manière, victimes de leur époque ?

Dans les œuvres du programme, les personnages semblent se confronter aux violences de la société de leur époque. Mais cette violence liée à l’histoire prend des formes différentes. Aussi peut-elle être issue d’un tyran ou d’un régime en place ou encore des codes établis par la société à une époque donnée. Elle amène le lecteur à s’interroger sur la nature de cette violence et sur ses effets sur les individus à travers leur parcours. Ainsi Tristan L’Hermite met-il en scène dans La Mort de Sénèque le personnage de Sénèque victime d’un pouvoir absolu et arbitraire, celui de son ancien élève, l’empereur Néron. La condamnation à mort de celui qui l’a éduqué renforce encore davantage cette image de folie furieuse que le personnage de Néron incarne. En faisant mourir Sénèque sous les instances de Sabine, Néron achève d’effacer toute trace de son humanité passée. Son hésitation témoigne de l’enjeu que représente la mort du sage stoïcien pour Néron : le philosophe représentait le dernier lien de Néron avec une part de sagesse et de mesure et sa mort rompt ce lien définitivement. Sénèque meurt, dès lors, pour avoir été la mémoire vivante d’une morale que l’histoire, dans sa course, ne pouvait plus admettre.

Chez Madame de La Fayette, c’est davantage les codes établis de la société de cour et la prédominance du paraître auxquels se trouve confrontée l’héroïne. Ce sont, en effet, deux systèmes de valeurs, celles de la cour (réputation et apparence) et celle de la voie vertueuse (sincérité et humilité) qui s’opposent et conduisent la princesse à refuser les règles de l’hypocrisie sociale et à se retirer du monde. Le cadre est celui de la cour d’Henri II, mais c’est, en réalité, celle de Louis XIV qui est visée par l’autrice : Madame de La Fayette fait de la princesse de Clèves une victime de son temps et invite le lecteur à un regard critique sur une société qui se joue de la morale et de l’honnêteté.

Le personnage de Florent dans Le Ventre de Paris est, quant à lui, doublement frappé : il est une victime politique à la suite de sa déportation au bagne de Cayenne alors qu’il était innocent du coup d’État contre Louis-Bonaparte dont on l’accuse, mais aussi une victime sociale dans le conflit qui a lieu entre les « gras » et les « faibles ». Aussi fait-il face à une double violence le conduisant à la même peine : son retrait imposé de la société suite à une dénonciation des habitants de son quartier et de sa propre belle-sœur.

Enfin dans l’autobiographie fictionnelle de Perec, c’est l’évocation de l’Occupation et de la Shoah qui fait du narrateur une victime de son temps par le traumatisme que ces événements lui ont laissé : la mort de son père engagé dans l’armée française, suivie de celle de sa mère déportée et tuée dans les camps l’ont laissé orphelin. La violence qu’il subit à la suite de la mort de ses parents est intérieure : elle l’a privé du souvenir de sa propre enfance. L’île de W imaginée dans un récit écrit pendant l’enfance rend compte de ce que l’enfant, incapable de nommer l’indicible, a fini par inventer sans le savoir : un monde dont les lois sportives reproduisent celles du système concentrationnaire que le texte adulte dévoilera bien plus tard.

Ainsi la violence dont sont victimes les différents personnages des œuvres étudiées montre qu’elle vient toujours, d’une manière ou d’une autre, de la société ou de ses représentants, tyrans ou complices ordinaires.

EN RÉSUMÉ

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