En quoi Le Ventre de Paris d’Émile Zola fait-il de la fiction romanesque un moyen d’écrire l’histoire politique et sociale du Second Empire ?

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Mini-cours - En quoi Le Ventre de Paris d’Émile Zola fait-il de la fiction romanesque un moyen d’écrire l’histoire politique et sociale du Second Empire ?

Dans Le Ventre de Paris, le troisième volume du cycle des Rougon-Macquart publié en 1873, Zola choisit de mettre les Halles de Paris au centre de son action. Ce marché nouvellement construit par Victor Baltard entre 1854 et 1870 est évoqué dans son titre lui-même par le romancier naturaliste sous la forme d’un vaste ventre nourricier de Paris. Cette métaphore employée dans le titre de l’œuvre renvoie, en effet, à l’abondance de nourriture centralisée dans ce nouveau quartier commerçant qui représente une vision miniature de la société et où le physique détermine les qualités morales d’un individu. Deux catégories d’individu émergent et s’opposent, dès lors, en dépit de toute considération morale et toute empathie : les « gras », les honnêtes gens, et les « maigres », les misérables.

C’est à travers le récit du destin de Florent, évadé du bagne de Cayenne sept ans après avoir été arrêté par erreur à la suite du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851, que Zola décrit les évolutions politiques et sociales du Second Empire : Florent, en tant que « maigre », se confronte aux autres personnages et notamment à Lisa Macquart, charcutière et épouse de Quenu, le demi-frère de Florent, appartenant à la classe des « gras » et cette opposition entre les personnages se fait l’écho du véritable conflit entre les idéaux républicains et la recherche de stabilité et de confort des bourgeois. Ainsi, à travers la relation du héros avec les autres, Zola montre l’influence des grands événements politiques sur la vie quotidienne et les rapports entre les individus.

Devenu inspecteur à la marée, il se met à rêver d’une société plus juste et réunit chaque soir, dans la boutique du marchand de vin, Monsieur Lebigre, un petit groupe de républicains aussi naïfs que lui pour préparer une insurrection contre l’Empire. Mais, après la découverte de son passé d’évadé du bagne de Cayenne, il est rapidement dénoncé comme conspirateur en raison de son aspect « trop maigre » par la vieille Mademoiselle de Saget et Lisa, sa propre belle-sœur, à l’insu de son frère Quenu.

Fidèle à sa démarche d’observateur naturaliste, Zola se sert ainsi de la fiction romanesque pour conduire le lecteur à porter un regard critique sur la société du Second Empire, alors contemporaine. À travers l’histoire d’un complot fictif, mais qui renvoie à un événement bien réel, le coup d’État du 2 décembre 1851, il révèle la complicité d’une société entière dans l’étouffement de sa propre mémoire politique, autrement dit dans le refus de se souvenir des violences politiques qui ont permis l’avènement du régime dont elle profite et dont Florent demeure le témoin vivant et encombrant : les Halles n’absorbent pas que des denrées, elles absorbent et rejettent aussi, à travers Florent, un fragment d’histoire politique que la société préfère digérer plutôt que de s’en souvenir.

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