Construction d’une image nationale
Comment écrire l’histoire d’un pays sans travestir la réalité, tout en étant capable de se montrer critique ?
Le « roman national », entre Histoire et fiction
Les lois Ferry ont instauré l’école comme vecteur d’identité nationale, illustrant l’usage politique des symboles et de l’image.
De l’hymne national à l’aigle impérial, le pouvoir a toujours cherché à se sacraliser, mais les valeurs portées varient.
Cette manipulation atteint son paroxysme avec la retouche photo (surtout sous les régimes fascistes), instrumentalisant l’Histoire.
Impérialisme et toute-puissance nationale
La culture offre un contrepoint critique : Le Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien (1954-1955) alerte sur la corruption du pouvoir, tandis qu’Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (1979) et Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons (1986-1987) dénoncent l’impérialisme et le mythe du sauveur.
Parallèlement, l’art d’Ernest Pignon-Ernest exhume les mémoires étouffées, et la pensée de Céline Spector appelle à une refondation républicaine de l’Europe face aux puissances hostiles.
En somme, l’image et le récit sont des champs de bataille où s’affrontent légitimation du pouvoir et résistance citoyenne.
L’archétype du leader
Le leader doit-il être coupé de la masse, ou au contraire révéler son humanité ?
Mise en scène du leader
Game of Thrones (2011-2019), adaptation par David Benioff et D. B. Weiss de l’œuvre de George R. R. Martin, incarne la vision foucaldienne du pouvoir : une dynamique fluide plutôt qu’une possession statique.
Si le cinéma traditionnel oppose souvent des milliardaires corrompus à des héros moraux invulnérables, la fiction contemporaine complexifie ces archétypes.
Des œuvres comme L’Heure des prédateurs (2025) de Giuliano da Empoli scrutent le virage vers la force brute ou technologique, tandis que Ruben Östlund déconstruit la masculinité par l’humour noir.
Humanité et pouvoir
Le leader est traditionnellement contraint de dissimuler sa vulnérabilité, une façade que l’art moderne, comme le portrait du pape de Francis Bacon, cherche à briser. Si l’humanisation des figures historiques reste un équilibre périlleux, la représentation des femmes au pouvoir gagne en justesse.
Enfin, le pouvoir exige un sacrifice : le héros cinématographique sauve le groupe au prix de sa vie, là où Michael Corleone (Le Parrain, 3e partie, de Francis Ford Coppola, sorti en 1990) échoue tragiquement à racheter son âme.