Identification du public
Pour s’exercer, le pouvoir doit avoir prise sur un public, victime de l’effet de masse ou au contraire désireux de gravir les échelons.
L’effet de masse
Jean-Louis Comolli oppose le cinéma, vecteur d’imaginaire, à la télévision, outil de contrôle. Pourtant, des séries comme The Crown (2016-2023) brouillent ces pistes en mêlant réel et fiction pour sonder le pouvoir. Sous différentes formes, il écrase l’individu : l’armée transforme en automates, tandis qu’Ubu, chez Jarry, incarne une tyrannie absurde et populiste.
La manipulation opère aussi par le langage, comme la LTI (Lingua Tertii Imperii) nazie qui a neutralisé la pensée critique.
Pouvoir et ascension sociale
Balzac et Maupassant montrent comment l’ambition sociale exige l’amoralité, tandis qu’Edward Bond (Lear, 1971) souligne la violence autodestructrice des systèmes.
Enfin, l’art interroge ces rapports : le cinéma spatialise la hiérarchie sociale, et le film The Square (2017) du réalisateur suédois Ruben Östlund révèle, sous le vernis social, la lâcheté humaine face à ce snobisme, tandis que les créations d’Hirschhorn prônent le précaire contre l’élitisme.
Réception selon les contextes
Comment raconter le pouvoir, avec quelle objectivité, que l’on soit le public ou les dirigeants ?
Raconter le pouvoir
La chronique, entre Histoire et récit de soi, offre un regard subjectif sur le monde.
Si le succès de certaines œuvres est immédiat, d’autres sont freinées par le poids du passé ou la censure, comme Le Dictateur (1940) de Charlie Chaplin ou 1974, une partie de campagne, le film de Depardon sur Valéry Giscard d’Estaing.
L’éthique, chère à Comolli, reste centrale dans le documentaire politique, tandis que Bruno Dumont, dans L’Empire (2024), déconstruit par la parodie le manichéisme idéologique.
Réécritures politiques
Historiquement, les Miroirs des princes, manuels pour futurs monarques, ont opposé la vertu à l’efficacité machiavélienne.
Aujourd’hui, l’art continue d’explorer les arcanes du pouvoir et des contre-pouvoirs. Qu’il s’agisse de la gestion du réel dans le film L’Exercice de l’État (2011) de Pierre Schoeller ou de la mise en scène du secret au Vatican dans Habemus papam (2011) de Nanni Moretti, les œuvres interrogent les mécanismes de l’autorité, jouant sans cesse avec notre mémoire collective et nos réalités politiques.