I. Streaming et nouvelles consommations
Les technologies numériques transforment profondément le cinéma en redéfinissant la production, la diffusion et la réception des œuvres. Internet, les plateformes de streaming et les données renouvellent les modèles économiques tandis que les salles réinventent l’expérience collective. Manuel Castells, dans La Galaxie Internet (2001) prophétisait ainsi : « Internet est le tissu de nos vies. » Ainsi, ces mutations redessinent les liens entre œuvres, publics et communication.
1. Le visionnage à la demande
L’essor du streaming modifie durablement les usages : chacun accède aux films où et quand il le souhaite. Cette logique d’accès permanent favorise une consommation individualisée, mais transforme aussi le rapport au temps, à l’attente et à la découverte. Deux notions structurent cette évolution : personnalisation algorithmique et immersion.
2. Les plateformes comme prescripteurs
Les plateformes diffusent, financent et hiérarchisent désormais les œuvres. Eli Pariser, dans The Filter Bubble (2011), montre que la personnalisation algorithmique peut enfermer les utilisateurs dans une « bulle de filtres ». La sortie de The Irishman (2019), produit par Netflix et réalisé par Martin Scorsese, a relancé le débat sur l’avenir des salles de cinéma. Diffusé principalement en streaming après une sortie très limitée en salle, le film a illustré l’opposition entre la logique d’accessibilité des plateformes et la défense de l’expérience collective en salle.
Grâce aux algorithmes, les recommandations facilitent la découverte d’œuvres, mais réduisent parfois la diversité culturelle en privilégiant les contenus déjà appréciés.
II. Marketing expérientiel
La pandémie de Covid‑19 a accéléré les usages numériques tout en renforçant la valeur symbolique de la séance collective. Festivals en ligne et sorties hybrides ont profondément reconfiguré le secteur.
1. L’expérience augmentée de la salle
Les salles développent l’IMAX, la 3D, la 4DX et le son immersif (Dolby Surround) afin d’offrir une expérience difficilement reproductible dans nos foyers. Ainsi, pour paraphraser Walter Benjamin, nous pouvons dire que « L’aura de l’œuvre d’art dépérit » (L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, 1936).
Le succès mondial de Avatar (2009), réalisé par James Cameron, a relancé la 3D en faisant de la séance un véritable événement. Grâce aux effets de profondeur, aux jaillissements hors de l’écran et à la spectacularisation de l’image, le film proposait une expérience sensorielle difficilement reproductible à domicile.
2. L’événementialisation du cinéma
Avant-premières, festivals et rencontres renforcent l’exclusivité et la participation du public. Le phénomène « Barbenheimer » (2023), né de la sortie simultanée de Barbie de Greta Gerwig et d’Oppenheimer de Christopher Nolan, a montré comment les communautés numériques peuvent transformer deux sorties en un véritable événement culturel mondial. Les internautes ont largement relayé mèmes, détournements, défis et recommandations sur les réseaux sociaux, créant une campagne promotionnelle virale largement alimentée par les publics eux-mêmes.
Ainsi, le numérique ne remplace pas la salle : il redistribue les usages. Les plateformes privilégient l’accessibilité personnalisée tandis que les salles valorisent l’immersion, l’événement et l’expérience collective.